BELGIQUE

LA BELGIQUE C’EST GAI !

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En bref : nous avons adoré nos voisins et ce petit pays à la fois si proche et si différent. Nous regrettons de le quitter déjà, mais nous réjouissons d’entrer en Hollande !

(Vendredi 20 mai) Nous voilà aux portes de la Belgique, et l’émotion est là. Nous quittons notre chère France, pour un bon moment ! 1ère frontière, étape symbolique, nous marquons le coup en trinquant au jus de pomme de l’Avesnois. Quelques coups de pédales plus loin, qu’est-ce qui a changé ? Rien, ou presque. Toujours les mêmes champs, les mêmes vaches (à part la blanc bleu belge que nous découvrons, une sorte d’énorme boule de muscle) la même langue ou presque, la même monnaie, le même goudron, les mêmes canards, les mêmes arbres, le même air, la même terre ! Les frontières ne seraient-elles que symboliques ? La Terre ne semble connaître que des frontières naturelles. Ici elle est politique et on se demande bien pourquoi elle a été tracée ici. Nous longeons la Sambre depuis Maubeuge jusqu’à Thuin, passant de la piste cyclable française à la Ravel belge (route à vélo). Finalement, nous ne nous éloignons pas de vous beaucoup plus que d’habitude. Ici la SNCB remplace la SNCF, les gîtes de Belgique, les gîtes de France, le drapeau tricolore a simplement changé de couleur, les maisons restent de brique. Ici aussi il y a la « grand rue », des pavés, un temps gris et pluvieux, des péniches, des églises dans chaque village, des boulangeries… La seule vraie différence c’est que nous ne pouvons plus communiquer par téléphone comme bon nous semble, nous sommes désormais dépendant du wifi. Je regretterai les textos faciles et encourageant de nos proches mais n’est-ce pas le meilleur moyen de se plonger dans le voyage ? Avoir désormais les deux pieds ancrés dans le moment présent, à regarder devant nous. C’est bien ce je m’appliquais à conseiller aux jeunes AFS’er, se déconnecter de son pays naturel pour mieux s’ouvrir à son pays d’adoption. Et la Belgique nous l’avons tout de suite adoptée ! A moins que ce ne soit-elle qui nous ait adopté ?

Au détour d’une rue, que nous ne devions pas prendre, Sonia, une « personne âgée » comme elle se définit, nous lance un « bravo » et nous applaudie. Nous sourirons et remercions. « Où allez-vous comme ça ? » « en Asie » « pardon ? Où ça ? » « en Asie » …. « voulez-vous un petit café ? » « … oh ben oui ! » « ou une bière si vous préférez ? » « non, merci, un café sera parfait ». Il est 15h, nous étions refroidi par notre pique nique et un peu minés par cette bruine. Sonia nous illumine notre journée. Cette femme de gauche comme elle se revendique nous ouvre généreusement sa porte, nous raconte sa Belgique, nous offre café, gaufres et un paquet de balisto à emporter. En près d’un mois de voyage c’est bien la première fois que ça nous arrive. La frontière est politique mais aussi culturelle, nous avons bel et bien quitté la France ! Comme tout français qui part à l’étranger, nous nous étonnons de l’accueil chaleureux des wallons.

Cette chaleur se confirmera à notre arrivée à la ferme l’Ortie Culture à Stave où nous nous sentons attendus. Sylvain nous accueille à bras ouvert, tout sourire « ah les voilà ». Tous viendront nous saluer et se soucier de nous et de cette journée de pluie. Ça fait chaud au cœur, nous nous sentons tout de suite intégrés, à l’aise, presque chez nous. L’accent nous attendri et nous nous mettrons très vite au diapason des expressions. Le lieu est une fois de plus paradisiaque. Nous y passerons deux nuits, participeront à des dîners festifs, rencontreront plein de gens, dont Marie, la maîtresse de maison qui cultive des plants qu’elle vent à la ferme, au marché ou dans des points de vente, et Sylvain, Lola et leur petit bout Laslo, « cœur de beurre » comme l’appelle son papa. Ils viennent de s’installer sur la ferme après avoir tout plaqué à Bruxelles au retour de leur voyage en Asie. Leur vision de la vie, la propreté au naturel de leur petit Laslo, leur voyage, nous chamboulera et c’est bien pour ça que nous passons dans ce genre de lieu. Une fois de plus la vie en Yourte nous enchante.

Des citoyens de la région ont créé une coopérative paysans-artisans pour promouvoir et faciliter l’accès aux produits des communes alentours. Une trentaine de producteur font partis de l’aventure et depuis 3 ans il est possible de commander ses produits via internet et de les retirer dans différents points de vente. « Le monde ne bougera pas si on ne s’en occupe pas un peu… » L’engouement est tel que le local qu’ils viennent d’acheter pour s’agrandir est déjà trop petit ! Quelle chance le samedi se tenait leur marcher annuel, ce qui nous permettra de découvrir cette belle initiative, ses bénévoles, ses producteurs, et retrouver Marie qui y tenait un stand. Sorte de méga AMAP, nous avons été émerveillés par le projet, et ils sont prêts à nous aider pour en faire de même chez nous J Pour en savoir plus : www.paysans-artisans.be

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Le dimanche nous avons eu la mauvaise idée de repartir et nous aurions mieux fait de nous abstenir. Cette journée rocambolesque, pourrait faire un article à elle toute seule ! D’ailleurs chaque journée de ce court séjour belge pourrait faire l’objet d’un article. La pluie, un changement de pneu, 2 erreurs de route, et la longue étape de prévue pour rejoindre notre amie Marijke à Rosière (Sud de Bruxelles) auront eu raison de nous et nous optons pour le train au nord de Namur direction Ottignies. Cela nous permet de tester le train, et comme prévu, c’est sport mais sans problème. Nous sympathisons avec la contrôleuse et le chauffeur (les agents de la SNCF devraient faire des stages ici) qui nous orientent vers un autre train pour nous rapprocher encore. Le chef de quai, bouddhiste, nous aidera à changer de quai avec notre barda, et s’enthousiasmera de notre voyage. Dans l’euphorie il se trompe de train et confiants nous montons sans vérifier. Nous voilà transportés malgré nous jusqu’à Bruxelles. Nous décidons d’arrêter de vouloir forcer le destin et téléphonons à Alice et Andoni, nos mentors voyageurs, en leur demandant si nous pouvons débarquer 2 jours plus tôt… et maintenant ! Ce couple Belgo-basque voyage à vélo depuis 2004, ils ont même fondé une petite famille sur les routes du monde. Site internet et vidéo

Nous restons quelques jours à Bruxelles, le temps de faire nos devoirs, visiter, profiter. Lundi nous sommes tout de même allés dormir dans l’incroyable coloc de Marijke à Rosières. Cette énorme maison bourgeoise, ancien piano bar, à la déco surréaliste, et à l’ambiance chaleureuse, vaut le détour. Ces 8 collocs ont un baille précaire, il s’agit de rénover une partie de la maison, durant une année, en échange d’un loyer plus que modeste. L’idée nous plait.

Mardi nous trinquions à notre premier mois de voyage, idéal pour faire un point sur ce que nous avons vécu jusque là.

A Bruxelles aussi ça manifeste ! Nous nous intégrons au cortège et discutons avec un manifestant qui nous explique le contexte. Eux aussi luttent contre leurs lois travail. Tous habillés de rouge (Fédération générale du travail (PS)), de vert (Confédération des syndicats chrétiens) ou de bleu (centrale générale des syndicats libéraux), la plupart avec une Jupiler à la main, un klaxon dans l’autre, leur manifestation se veut colorée, bruyante et conviviale.

Nous prenons chaque jour conscience de notre ignorance concernant ce voisin si proche. La Belgique est un tout jeune pays âgé d’un peu moins de 200 ans. Les wallons et les flamands s’y font régulièrement la gueguerre, mais heureusement le foot rassemble tout ce petit monde. Les wallons sont très tournés vers la France. Ils nous mettent souvent en garde contre les flamands qui semblent les boycotter. Sur leur conseil nous mettrons donc notre petit drapeau français à la sortie de Bruxelles et nous rencontrerons des flamands tout aussi chaleureux. Tous sembleraient avoir des mauvais souvenirs d’enfance des école mixtes flamands/wallons. Bruxelles, région au centre, se retrouve entre ces deux entités et c’est peut-être grâce à elle que le pays ne s’est pas encore divisé. Nous hallucinons de ce contexte que nous trouvons bien triste. Cette diversité devrait être une force… Seule la Justice et la Sécurité Sociale se veulent encore nationale. Nous découvrons un système politique basé sur la conciliation, bien différent du notre.

C’est quand même étrange de franchir la frontière franco-belge sans vraiment comprendre son sens, et de ne pas franchir de frontière entre la Wallonie et la Flandre malgré les différences : l’architecture, la langue, l’histoire, la culture,…

 Nous serons enchantés par Gent ! Ville de gauche tournée vers les alternatives, nous débarquons dans le pays du vélo, ce qui ravie nos roues ! Pistes cyclables et cyclistes dans tous les sens, nous hallucinons. Si nous avions su nous serions restés deux nuits, tant cette ville est incroyable. Steven notre wamrshower, nous fera découvrir son quartier : atelier de vélo/cuisine, camping en ville (treck hostel), jardins partagés version belge, et le fabuleux concept de leefstraat « La rue vivante » : on recouvre une partie de la rue de faux gazon, on y met des tables en bois, des chaises de récup’, des jeux pour enfants, des jardinières… et on réinvesti la rue ! Rien que dans son quartier il y en a 5 ! Et le jeudi soir, c’est conte pour enfant à 19h ! Plein de petites têtes blondes en pyj se retrouvent sur le trottoir transformé en jardin, pour écouter l’histoire du moment raconté par l’une des mamans. C’est juste magique. http://www.leefstraat.be/

Vendredi sera à nouveau une journée loose. En changeant deux rayons cassés, nous découvrirons avec stupeur que notre jante est fendue. Nous sommes un peu minés par nos déboires mécaniques après seulement 1 mois de voyage, mais nous ne sommes pas partis à neuf, donc… Nous arriverons tant bien que mal chez nos hôtes, Dirk et Eils, des amis de Stephen et Katrien. Nous y resterons finalement 2 nuits. Dirk nous chouchoutera ce qui nous fera oublier nos malheurs de la veille et nous serons enchantés par Bruges. Il nous faudra attendre Amsterdam pour trouver une jante équivalente…

Côté route nous avons adoré pédaler le long du canal entre Stave et Anhée, le long de la Meuse entre Anhée et Namur, et le long du canal Gent-Brugge. De toute beauté. Nous recommandons Namur, Bruxelles, Gan et Bruges. Les pistes cyclables sont un bonheur mais pas toujours facile à trouver. Les automobilistes sont très conciliants. En Flandre le vélo est roi et nous entrons dans le pays plat, que du bonheur !

Certains s’interrogent sur notre parcours… Les belges nous ont même dit qu’on se trompait de route pour aller en Thaïlande 🙂 Notre voyage se définit plus par ses haltes et ses étapes que par l’itinéraire. Nous souhaitons prendre le temps de rencontrer nos voisins européens, et les alternatives qui colorent leur vie. Ce chapitre belge aura eu pour effet de nous ralentir et nous en avions besoin. Laisser la place à plus de spontanéité, d’imprévue, nous fait ressentir davantage le voyage et la liberté qu’on lui associe. On se prend vite au jeu mais les habitudes persistent ! Il nous faudra donc encore un peu de temps avant de savoir vraiment prendre notre temps…

A nous la Hollande, à moi l’anglais… nouvelle étape qui s’annonce compliquée mais stimulante !

*****

La mue du voyageur…

Les jours passent et notre nouveau pelage repousse petit a petit. De grosses touffes de poils sont tombées rapidement après seulement quelques jours de voyage. Tu dois tout réapprendre et le plus dur c’est peut-être de prendre le temps.

Il y a quelques jours Dirk, notre hôte du soir nous confie 2 choses. La première c’est qu’il a du ralentir pour nous. La seconde c’est qu’il croit que son fils a vu Virginie pour parti nue. Nous étions tout fiers de devoir faire ralentir les gens autour de nous et visiblement le poil n’est pas encore suffisamment repoussé. « Mais ça prend un temps dingue » comme diraient nos amis belges.

C’est un non sens pour nous d’avaler les kilomètres et de ne pas profiter du vélo pour s’arrêter, faire des pauses, aller voir, visiter, flâner ou encore vivre au rythme de la rue, de la route ou du chemin. Nous sommes drogués à la vitesse, à la rentabilité, à la productivité ou au rendement. Il m’a été difficile de lâcher prise et d’accepter de perdre du temps, faire moins que ce que nous avions prévu ou encore faire moins pour faire mieux. On entend souvent « pendant les vacances, j’ai fait la Chine ». Je me pose souvent la question de savoir ce que ça veut dire. Est-ce que visiter un pays c’est voir ses monuments principaux et aller dans ses hôtels ? Ça pose clairement la question de savoir pourquoi on y va ?

Ralentir est peut-être l’apprentissage le plus délicat pour nous occidentaux. Vivre avec le soleil et composer avec le temps vient juste ensuite. Nous remarquons qu’à partir du moment où tu acceptes d’avoir le temps alors la liberté augmente, chiche ?