RUSSIE

Moscou time !

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Nous sommes projetés en Russie par le train Riga – Moscou (14h) où nous avons réussi à embarquer très facilement tout notre barda. Quelques péripéties autour du tandem et contrôles douaniers plus tard, nous voilà à quai à remonter le vélo. Un jeune russe qui travaille comme balayeur dans la gare vient nous aider. Très curieux de tout notre équipement il se montre très serviable mais un peu trop enthousiasme avec notre matériel fragile. Ce ne sera pas le dernier et nous blêmirons à chaque coup de main que l’on nous offrira. Les russes se veulent très serviables !

Ses traits sont mongoles et nous comprendrons vite que Moscou est la capitale de l’Eurasie ! Nous voulions en faire le tour, nous voila au cœur, Waouh ! Européens, asiatiques, russes, caucasiens, tartares, mongoles, nous retrouvons le cosmopolite à la française et cela nous réjouit. On ne peut pas dire que les pays d’Europe du nord ou de l’est traversés aient été très métissés… ces visages si variés nous font sentir l’Asie : excitants et frissonnants !

Ce qui nous saute en premier aux yeux c’est la répartition des tâches qui est la même qu’en France, mais ici ce sont les immigrés ou russes d’origine mongole ou d’Asie centrale qui font le sale boulot.
Ensuite c’est la grandeur de la ville et son imposant trafic automobile.
Par chance la gare n’est qu’à 5 km de notre rdv et c’est tant mieux car une fois de plus c’est sport de rouler chargé…

Nous rejoignons Pavel, notre warmshower, dans son bike shop et la magie commence : il nous propose de tout décharger dans son minuscule atelier de vélo où il doit bien faire 35 degrés et son fils Mantvi (Matthew) se propose d’être notre guide pour l’après-midi. A peine arrivés nous pédalons déjà sur la place rouge et je n’en crois pas mes yeux de voir la Cathédrale de Basil le Bienheureux en vrai ! Jamais je n’avais imaginé venir en Russie un jour. Malgré la fatigue, conséquence d’une très courte nuit, nous passerons une très chouette après midi avec ce jeune de 20 ans que nous trouvons étonnement mûr et ouvert. Nous arriverons tard chez nos hôtes avec qui nous discuterons jusqu’à 2h du matin. Nous ne nous réveillerons qu’après 12h le lendemain. Comme souvent ce premier jour est à l’image des suivants.

Globalement nous vivrons surtout le soir, nous coucherons à des heures impossibles, referons le monde (la Russie) maintes fois, profiterons de grosses grasses matinées.
Les 2 premiers jours, alors que Tania et Pavel travaillent, sont consacrés aux tâches du voyage et à la glandouille devenue traditionnelle dans ces étapes de pause.
Le 3ème, après une soirée festive, ne sera dédié qu’à la recherche de pièces de vélo et d’achat de billets pour le Transsiberien, et oh combien nous remercions Tania d’avoir joué le rôle de guide dans cette Capitale aux allures parfois new-yorkaise. Moscou by night sera féérique et revisitera à la hausse mon jugement quant à la beauté de cette ville.
Les 2 derniers jours seront alloués à la visite de la ville et de ses alentours au gré de nos envies grâce à nos si précieux hôtes qui ont su très vite cerner nos centres d’intérêts : église orthodoxe, marché, histoire. Ce qui nous vaudra d’être réquisitionnés dans l’église de la Sainte Igor of Chernigov pour changer l’eau de tous les vases ! Un moment très cocasse mais inoubliable grâce aux adorables religieuses. Par chance il restait un foulard en libre service à l’entrée de l’église, les femmes devant se couvrir la tête…nous ressortirons avec des chocolats de la quête en guise de récompense.

Cette ville surdimensionnée aux 30 millions d’habitants, au 2 500 km carré, au métro gigantesque où chaque station de l’hyper centre est un musée à elle toute seule, où tout est écrit en cyrillique, aux barres d’immeuble à perte de vue, qui fourmille à toute heure, qui dispose d’une 2×7 voies en plein cœur de ville, aux bâtiments staliniens à se tordre le cou, aurait été pour nous une véritable jungle si nos hôtes ne nous avaient pas accompagnés, guidés, conseillés. Pavel et Tania ont été aux petits soins pour nous, nous n’aurions pas rêver mieux. Les 3 mois d’été passent vites. Les moscovites les vivent à 300% !

Grâce à eux nous avons mieux compris la société russe. Ouverts, conscients, engagés (Vinci est aussi présent ici…) nous sommes sur la même longueur d’onde et nous étonnons encore que le hasard fasse toujours si bien les choses. Nous avons pu aborder tous les sujets simplement et honnêtement : Crimée, Géorgie, croyance, mœurs… passionnant !

Il est temps de monter dans le mythique transsibérien, le Baïkal nous attend ! Pavel ira jusqu’à nous accompagner jusque dans notre wagon. Le départ aurait été beaucoup plus sport sans lui. Nous en avions rêvé, et sans même lui demander, Pavel l’a fait ! Tellement merci. Au moment où retenti l’alarme, des voix de femmes s’élèverent et un chant traditionnel d’adieu accompagnera les ronronnements de la locomotive. L’émotion est à son comble et pour la première fois des larmes coulent. Pavel, a l’âme d’enfant, fait le clown et tente de nous faire rire, mais nous lisons la même émotion dans ses yeux. Ils nous ont donné une incroyable leçon de générosité, de don de soi, d’accueil, de simplicité et d’espoir ! Nos roues se recroiseront peut être au Vietnam ou en France… ou les deux !?

A nous la Sibérie !
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 Transsibérien

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Nous montons à bord du mythique Transsibérien tout ému de quitter nos hôtes, le cœur chargé d’adrénaline et légèrement transpirant ! Nous découvrons notre nouvelle demeure pour les 4 prochains jours et nos nouveaux colocataires, légèrement nombreux (60) !

Bon le train en lui-même n’a vraiment rien de mythique et nous sommes déçus par la banalité de la locomotive.

Nos deux hôtesses nous proposent – imposent – de payer les draps et les serviettes : pas question, nous avons les nôtres et nos sacs à viande, et comme tout baroudeurs qui se respectent nous n’allons pas payer pour ça ! 2 heures plus tard, nous nous retrouvions dans leur cabine, la queue entre les jambes, à acheter tout le nécessaire… oui en voyant les autres passagers s’installer et au vue de la température légèrement élevée (30°), nous avons réalisé que nous n’étions peut-être pas à 1,50 euros près… nous ne regretterons pas notre investissement.

Contrairement à leur réputation, qui n’est plus à faire, nous aurons la chance d’avoir deux jeunes hôtesses qui s’avèreront la plupart du temps souriantes et compréhensives. Ce qui ne sera pas le cas dans les autres wagons !

Nous avons tout prévu pour mettre à profit tout ce temps libre : bouquins, films, émissions radio, nourriture à profusion, siestes, écriture d’articles, de mail… mais c’était sans compter qu’à peine 2h après notre départ nous sympathisions déjà avec Yumi, un thaïlandais étudiant à Taïwan et revenant d’un stage en Hollande en mode backpackers, et Johannes, un allemand partant étudier à Taïwan… en vélo ! La première nuit nous dormons plus de 13 heures d’affiler, c’est dire si on peut bien dormir en 3ème classe – moyennant masque de nuit et boules quies bien entendu – la seconde journée n’est donc plus qu’une après-midi !

Finalement nous passerons notre temps à discuter, à refaire le monde, à passer d’un wagon à l’autre, à regarder le paysage – et quelques films – à bouquiner un peu ; notre vie sera rythmée par les pauses du train (3 – 4 pauses d’au moins 20 min par jour qui permettent de se dégourdir les jambes – surtout lorsque le train s’apprête à partir sans vous – et de se ravitailler), nous finirons cette étape dans une joyeuse ambiance, avec notre dream team, à s’écrire des mots dans nos carnets d’adresse respectifs comme à la fin d’une colo, et à trinquer à la vodka achetée à Moscou pour l’occasion !

Ca passera trop vite, nous n’aurons aucun mal à nous débarbouiller chaque soir dans les toilettes, moyennant un bon ancrage au sol et des chaussures parfois mouillées, nous aurons une chance inouïe de dormir à côté de russes forts sympathiques, discrets, serviables, sans enfant et propres ( !) – ce qui ne sera pas le cas de tous – dont l’une parlant anglais nous permettra de pouvoir échanger et sympathiser. Les gares principales seront très impressionnantes, les paysages bien plus variés qu’annoncés et très beaux, et finalement le plus dur à gérer sera le décalage horaire ! Nous serons complètement perdus entre Moscou Time et Irkoutsk Time. Le dernier soir alors qu’il est minuit, personne ne trouve le sommeil quand le premier jour tout le monde dormait à point fermé. Nous avons « gagné » 5 heures. C’est très drôle de voir l’évolution du temps, nous ne savons plus quand manger, quand dormir, l’heure du train reste à celle de Moscou, alors il nous faut sans cesse calculer. Tout monde est déphasé.

Avis aux filles, les russes peuvent vite tomber amoureux, surtout sous l’effet de la vodka, et même si vous êtes accompagnés, attention à vos sourires ^

En bref, nous n’aurions pu rêver mieux, si, que ça dure un jour ou deux de plus ! Nous venons de faire autant de kms en train en 3,5 jours que nous en avons fait en Vélo en 3 mois!

Nous voilà à Irkoutsk, pas mécontents de retrouver un bon lit, une douche, de l’espace, de l’air, de l’eau fraiche. En transit seulement, dans une auberge de jeunesse – première que nous nous offrons – avant de reprendre la route vers le lac Baïkal. Cette fois nous testons le minibus, direction Olkhon, la plus grande île du lac Baïkal, où nous devrions passer une semaine autour de Khoujir, le village le plus peuplé, attendant le ferry qui nous transportera de l’autre côté, rive est (un seul par semaine). L’île se trouve au cœur de bon nombre de légendes et de contes, elle est notamment considérée comme le centre sacré du monde des chamans du Nord ! On vous dira ça.

A bientôt !

Est-ce que tu as déjà :

Fait 5000 Km pour moins de 100€ et en 3,5 jours (50 km pour 1€ à un peu moins de 60 km/h de moyenne) ?

Fait rentrer un tandem et sa remorque dans un train couchette ?

Vécu en pyjamas pendant 3 jours ?

Partagé un espace de 10 m2 avec 4 inconnus avec qui tu ne partages ni la langue ni la culture ?

Vécu avec 60 colocataires ?

Pris ta douche dans les toilettes d’un train ?

Visité de multiples gares au pas de course de jour comme de nuit ?

Demandé pendant 3 jours quelle était la vraie heure ?

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La perle de la Sibérie : THE Lac Baïkal

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Photo Vincent Kronental
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Nous poursuivons le voyage avec nos deux compères rencontrés dans le Transsibérien : Johannes et Hilmee. Le chargement du minibus qui doit nous emmener à Khoujir est plus que périlleux. Le chauffeur commence par dire « niet, niet, niet…». Nous insistons, nous avions prévenu à l’avance, on nous avait dit oui, donc… mais ce sont les autres passagers du minibus qui grognent le plus, apeurés qu’on leur abîme leurs affaires. Ils sont tchèques et nous aurions espéré un peu plus d’entre aide entre voyageurs européens. Nous ne nous démontons pas, avec Johannes nous utilisons les méthodes de communication non violente et tentons de garder notre calme malgré la situation quelque peu stressante et tendue. Ils finiront par se détendre et deviendront même serviables ! En voiture Simone ! Le vélo sur le toit, le tandem dans le couloir du minibus, la remorque à l’entrée du minibus, toutes les sacoches par ci par là, nous avons désormais plus peur de rien, et confirmons ce qu’on nous avait dit, ça passe partout, avec persévérance, médiation, et en oubliant un petit peu la réglementation ^^

La route qui mène sur l’île d’Olkhon donne le ton : c’est toute la région qui se veut sacrée ! Rubans chamaniques et petits autels habillent notre parcours, les premières yourtes apparaissent, tout comme l’élevage et les paysages vallonnés qui nous font déjà croire en Mongolie. La route est splendide et je suis bien contente d’être en voiture : nous découvrons ce que veulent dire « montagnes russes », certaines côtes sont impressionnantes.

L’île d’Olkhon est considérée comme le centre sacré du monde des chamans du nord, et le centre suprême est représenté par le rocher des chamans, très connu dans la région et qui vaut le détour. Mais ce qui nous marquera le plus ce sont les poteaux en bois sculptés sur lesquels sont nouées des écharpes à dominance bleu, que l’on retrouve sur toute l’île et même dans toute la région. De nombreuses offrandes à leur pied : monnaie, billet, cigarettes, nourriture, et même lunette de soleil ! Si individuellement les maisons de bois et centres touristiques sont plutôt beaux et respectueux du cadre et de l’environnement, globalement les villages sont moches, sans cohérence et pollués. Pas d’asphalte ou très peu sur l’île, du sable, de la piste terreuse, et des 4×4 dans tous les sens. Le climat se veut très sec, ensoleillé, venteux. Les sols sont pauvres.

Notre chauffeur nous déposera à notre demande sur la plage qui de nuit est parsemée de petits feux et de tentes. Au réveil, surprise, le lac de Sylvain Tesson est tout près, splendide ! Il est la plus grande réserve d’eau douce liquide de la planète, et malgré qu’il soit le plus profond des lacs, ses eaux sont cristallines, la visibilité est unique, et il n’est navigable que l’été, étant recouvert de glace le reste de l’année, sur laquelle les voitures s’en donnent à cœur joie. Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco pour sa richesse écologique, on s’inquiète toutefois du manque de traitement des eaux usées, de la quantité folle de déchets qui le bordent, et du boom touristique. Le nombre de touristes est impressionnant sur l’île et nous croiserons pas mal d’occidentaux, de russes, de chinois mais aussi des biélorusses, des kazakhs… et des grenoblois qui nous donneront rendez-vous à notre retour ! Cela fait plaisir d’échanger avec eux, car on ne peut pas dire que les compatriotes rencontrés précédemment nous aient inspirés.

Nous passerons deux jours avec Johannes et Hilmee à faire des petits sauts de puce, tentant de s’éloigner du monde, sans trop s’écarter de Khoujir d’où ils repartiront, avec un accès direct au lac, ce qui n’est pas chose aisée. L’île s’élève globalement au dessus du lac : dunes, collines, falaises, il nous faut trouver les criques et plages accessibles. Nous serons rejoins par Vlada une russe qui vient se ressourcer quelques jours. Nous découvrirons la vie de voyage en groupe et devrons nous adapter aux rythmes et envies de chacun, et ce n’est pas aussi simple qu’imaginé. Mais nous formons une belle équipe et nous nous attacherons à ces deux petits gars qui nous donneront rendez-vous à Tawaïn… Benoît s’y voit déjà !

Nous en profiterons pour nous éloigner davantage vers le nord de l’île, à la recherche d’un petit coin de paradis, où nous passerons deux jours seuls (ou presque) en mode Robinson Crusoé, juste nous et le mythique Baïkal. Où nous gouterons à l’essentiel ! On se croirait à la plage, mais cette immense baignoire d’eau douce nous permet d’être complètement automne en eau. Une légende dit que lorsqu’on se baigne dans le Baïkal nous gagnons 5 ans de vie. Benoît ira jusqu’à 5 baignades par jour malgré la fraîcheur de l’eau. Et lorsqu’on la boit ? Benoît en profitera pour parcourir à vélo le cap nord et l’est de l’île tandis que Virginie farnientera au côté de nos premiers yacks qui la fascinent ! Notre petite plage est régulièrement visitée par les vaches (qui se montreront très curieuses de notre bivouac) et par les yacks qui viennent faire trempettes tôt le matin jusqu’à tard le soir. Il fait beau et chaud, nous avons le droit à un micro climat, les orages quotidiens s’arrêtent aux portes de notre crique, ce qui n’est pas le cas du vent, qui déchaîne le lac. Nous découvrirons notre première marmotte locale, à mi chemin entre l’écureuil des sables et la mangouste.

Il nous faudra repartir sur Khoujir, avec un pincement au cœur de quitter ce lieu magique, dans l’attente du Ferry pour la rive est. En rentrant, -BAM-, belle gamelle, la première digne de ce nom. Les pistes de l’île ne pardonnent pas chargés comme nous sommes. Nous laisserons un peu de notre peau au Baïkal. On s’est tous les deux refaits le côté gauche, rien de grave mais de bonnes égratignures qui nous pourriront bien la vie des 15 prochains jours. Nous sommes un peu choqués… La remorque aussi sera bien égratignée, quant au tandem : porte bagage sectionné et sacoche déchirée.

Le week-end ne sera pas des plus agréables, la pluie ne nous épargne plus, trop de touristes qui se permettent tout et n’importe quoi avec le Tandem, trop de bruits, trop de déchets, et trop d’alcool -> nous assisterons à un bel incendie de maison à 400 mètres de nous en pleine nuit ! Vive la vodka ! Nous avons hâte de reprendre la route, et partir d’ici. Mais Valéria et John, deux jeunes russes backpackers voisins de notre tente nous ferons regretter notre départ. Nous partagerons seulement 2 heures de déjeuner avec eux, mais ce seront 2 heures magiques et incroyablement fortes. Géopolitque, philosophie de vie, nous nous sentons connectés et ils nous couvriront de cadeaux et de chaleur, dont le plus beau sera une magnifique chanson à la guitare louant le voyage.

Nous partons au pas de course car personne ne sait où accoste le fameux ferry ! Nous voilà à courir partout, du port, au cybercafé, aux plages. Et là miracle : nous tombons sur un groupe de 60 français surchargés qui réalisent un raid sportif avec l’Agence NED (Nature Extrême Développement). Surpris de nous voir ils nous apprendront que la liaison Khoujir – Oust Bargouzine n’existe plus et que le Ferry a été spécialement affrété pour eux ! Pardon ? Le chargement et déchargement seront sport mais la tonne de bagage suivra dans une belle ambiance au grand drame de l’hôtesse de bord qui s’arrachera les cheveux. On y rencontre Stéphan et Corine qui pédalent eux aussi sur un tandem Cyfac ! Nous passerons les 4 heures de traversée à discuter, en tentant de réaliser que nous glissons sur le Baïkal. Nous leur laisserons quelques affaires, merci à vous, et merci à Vincent Kronental, Photographe voyageur, pour ses jolis clichés !

En débarquant de l’autre côté, des français attendent le ferry : « alors c’est vous nos sauveurs ? Nous avons planifié tout notre voyage en fonction de ce bateau et on vient de nous dire qu’il était uniquement affrété aujourd’hui pour vous ». Nous ne sommes pas les seuls à qui la bonne étoile du voyageur aura fait grâce ce jour là…

Nous nous réjouissons de découvrir la côte est du lac, les vacances se terminent, après 3 semaines de pause. Un mélange d’appréhension et d’excitation accompagne la reprise. Nous avons uniquement 8 jours rejoindre la frontière et quitter la Russie à temps. Compte à rebours lancé !

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Tourisme, nature et déforestation

« Haaaa, le Baïkal… », nous répète-t-on souvent.

Oui, c’est une destination extrêmement courue par de nombreux touristes: un rêve, de grands espaces, des couleurs à peine croyables, une nature puissante et belle, un climat rude, du sauvage en barre.

Il est courant de croiser des minibus blindés de touristes chinois pressés de faire le tour de l’île sur la journée, manger quelques pirojkis en sirotant de la mauvaise vodka et dormir dans un de ces hôtels de bois ostentatoires qui font tache dans cette nature qui se suffit à elle même.

A la tombée de la nuit les dizaines de petits feux laissent imaginer le nombre de campeurs dans les sous-bois tout autour de la ville. Ils brûlent chaque soir ce que la nature a difficilement réussi à fournir sur l’année. Aussi cette petite ville de pêcheurs n’est plus aujourd’hui bordée de forêts comme elle l’était autrefois.

Nous rencontrons quelques bénévoles et artistes sous leur yourte verte cherchant à récolter des fonds pour replanter ces forêts. Ces artisans créent et fabriquent pour redonner à leur espace sa richesse d’antan. Les objets proposés sont respectueux de leur nature et la démarche nous touche : poterie, amulettes, statuettes et autres bijoux.

Cette poignée de militants agit au mépris des habitants de Khoujir et des autorités. Nous recommandons chaudement de faire un petit passage sous cette yourte.

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Course contre la montre : roulons vers la Mongolie !

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Rue oust bargazine
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Cap plein sud ! Nous entamons notre deuxième grand virage du voyage. Après le nord, puis le grand est, nous commençons notre descente du continent. Notre ombre nous accompagne désormais du matin au soir. Nous découvrons la région de la Bouriatie et ses habitants, nés d’un brassage entre populations chamanistes indigènes et nomades mongols, nous nous croyons déjà en Mongolie !

La reprise se passe plutôt bien les premiers jours. Nous sommes heureux de remonter sur notre vélo et retrouver nos habitudes. Malgré la fin de la trêve « vélonale », nous apprécierons retrouver notre « chez nous » – qui se résume au tandem – de reprendre notre rythme, notre routine. Notre quotidien justement se résume à  mettre le réveil aux alentours de 8 heures, plier la tente et la couche, petit déjeuner, recharger le vélo – et pour ça il nous faut 1H30 en prenant plus ou moins notre temps. Quelques coups de pédales plus loin, nous nous arrêtons souvent faire des courses (pain – pique nique du midi – qui l’eu cru nous sommes devenus des aficionados du super marché !). Nous sommes contents lorsque nous avons fait minimum 30 kms le matin. Les matinées où l’on n’avance pas annoncent souvent des journées à petit kilométrage ou des après-midi trop longues. Le temps de vélo est rythmé par les besoins de pause et la prise de photos. Nous nous arrêtons souvent vers 13 heures pour deux heures de pause déjeunée accompagnée parfois d’une petite sieste quand la météo le permet. Puis nous reprenons la route et pédalons plus ou moins tard jusqu’en fin d’après-midi, où nous recherchons un endroit pour nous laver et pour bivouaquer. L’objectif kilométrique de la journée et les points d’eau donnent souvent le la. Décrassage, lessive, l’un monte la tente pendant que l’autre cuisine au feu de bois ou au réchaud, et nous voilà au lit à la tombée de la nuit. Un peu de lecture ou d’écriture si la fatigue le permet, et nous plongeons relativement vite dans les bras de Morphée. La nuit est quant à elle rythmée par les bruits et le trop plein d’eau avalé dans la journée. Le réveil sonne souvent trop tôt à notre goût et il nous arrive de le repousser. C’est parti pour une nouvelle journée !

Ici les aurores sont fraiches et le soleil se couche tôt (21h). A 18 heures la chaleur nous quitte et le vent nous glace. La fenêtre pour pédaler s’est considérablement amoindrie depuis l’Europe.

Au 3ème jour les courbatures se font sentir, les genoux font la grimace, nous cachons mal le stress du timing que le visa nous impose, le temps se gâte un peu et il nous faut malheureusement quitter le Baïkal : son eau douce à profusion, ses bivouacs magiques, ses vagues, et son vent endiablé. Il nous vaudra l’ensablement de la tente en pleine nuit ! L’impression de l’avoir à peine découvert qu’il nous faut déjà lui dire adieu. « Tu crois qu’on le reverra un jour ? » « non… et toi ? » « En hiver j’espère ».

Benoît s’est mis au cyrillique, ce qui nous permet de déchiffrer et d’échanger quelques mots avec les curieux qui nous accostent. Nous passons notre temps à répondre aux mêmes questions : « atkouda ? » « France » « Kuda? » « Mongolia »… J’en rêve la nuit.

Le col qui nous permettra d’accéder à Ulan Ude finira de nous achever. Nous l’avons pourtant anticipé et décidons de dormir à ses pieds, mais nous ne l’imaginions pas si durs. 10 kms de bonnes côtes, avec des pentes allant de 4 à 11%, nous pousserons une partie de la montée, en sueur, aux côtés des klaxons russes devenus habitude, des chauffards qui nous frôlent, des camions de bois… et tous les deux virages on croira au bouquet final ! Nous arriverons tout de même au col en pédalant ! « Tu crois qu’ils ont des Ventas eux aussi en haut de leur col ? » Et bien oui, une petite bicoque de bois nous propose à notre arrivée un barbecue, nous nous contenterons d’une bière pour fêter notre premier col à 1200 mètres. On se couvre comme il se doit par ce temps frais pour la descente mais oh surprise, ce n’était pas le vrai bouquet final, il reste une bonne côte à 9%… allez on se re-déshabille et on pousse !

On nous offrira deux magnifiques pomme de pin « Merci c’est gentil mais pourquoi ? » « Laisse tomber ça doit être des portes bonheurs, allez pousse ! ». Rebelote en haut du col. Pour nous tout est devenu chamanique depuis quelques jours. Alors on remercie et propose de les mettre au pied de l’autel, présent en haut de chaque col – sûrement pour se porter chance dans la descente – aux côtés des autres offrandes. Notre donneur rigolera et nous expliquera que c’est simplement pour manger les pignons ! Élémentaire… le mystique nous monte à la tête !

A Ulan Ude nous ne savons définitivement plus dans quel pays sommes nous. Les temples bouddhistes sont apparus, le chamanisme est toujours très présent, les églises orthodoxes tentent de persister, les visages sont clairement typés asiatiques même si les têtes blondes aux yeux clairs restent. Nous passerons la nuit à l’auberge de jeunesse U-City pour moins de 1000 roubles histoire de se décrasser, enlever le sable de toutes nos affaires, faire des machines à laver, skyper nos familles et préparer la suite. Nous ne ferons que traverser la ville mais nous arrêterons tout de même sur la place principale admirer l’énorme tête de Lénine. Si chaque ville russe digne de ce nom dispose d’une statue de Lénine, Ulan Ude a le mérite d’y avoir sa grosse tête ! Nous quitterons la ville sous un tonnerre de Klaxon, nous nous serions cru à un mariage !

Normalement nous avons fait le plus dur et le plus long du parcours et prenons le temps d’aller visiter notre premier temple bouddhiste : Ivolginskiy Datsan, que nous recommandons chaudement, même si Virginie grommèlera de devoir se couvrir pour le visiter. Nous y rencontrerons Pia et Martin des allemands en congés sabbatiques qui voyagent avec une remorque, comme nous, mais tiré par un 4×4 ! Végétariens, comme tous les allemands voyageurs que nous rencontrons, ils nous mettent en garde sur la gastronomie carnée des mongols et nous filent les bonnes adresses des « restau végé » en capitale. Nous apprécierons cette visite à leur côté et regrettons que nos chemins prennent des sens opposés.

Nous serions bien restés davantage dans cette ambiance apaisante et ces temples indescriptibles aux milles et une couleur, mais de belles côtes nous attendent encore, il nous faut avancer. Tic tac, tic tac, tic tac.

Le soir nous trouverons un joli lac au bord duquel bivouaquer. L’arrivée est paradisiaque mais nous tomberons vite en enfer : des escadrons de moustiques nous chargent alors que nous sommes encore sur le vélo à 15km/h. C’est la panique, mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer n’est ce pas ? Nous plongeons dans le lac et tentons de trouver une solution que nous ne trouverons pas. Si notre corps est à l’abri, notre tête est dans un nuage de moustique ! Benoît sort le premier à toute vitesse et tentera de s’habiller entre deux sauts de biche et en se fouettant. Nous couvrons chaque partie de notre corps en multiples couches. Il doit encore faire 20°C, et en 5 min nous sommes à nouveau en sueur. On décide de repartir le plus vite possible de ce lieu maudit mais dans la panique Virginie oubli notre gilet jaune de sécurité. Allez hop rebelote, on y retourne. On finira par balancer la tente qui nous fait office de moustiquaire, jeter toutes les affaires dedans de manière ingénieuse pour éviter de faire rentrer la colonie, et passerons la soirée en cage à petit déjeuner plutôt que dîner. Choqués du moustique de Sibérie, nous profiterons tout de même de la vue et d’un magnifique ciel étoilé.

Mais le lendemain, ils sont toujours là, à nous attendre, affamés. Et nous découvrirons avec angoisse que ce n’est pas le lac le problème, c’est toute la région ! Le vent et la fraîcheur du Baïkal nous manque… nous repasserons un deuxième bivouac dans les mêmes conditions, mais en nous organisant mieux, nous le vivrons plus facilement, et un troupeau de jeunes taureaux viendra nous changer les idées.

Nous avons définitivement pris la grosse tête : nous ne répondons même plus aux trop nombreux Klaxons d’encouragement qui nous exaspèrent et cassent les tympans. A part cela nous ne nous croyons décidément plus en Russie. Le dernier soir, la pluie nous a rejoint, nous sommes mouillés, refroidit, tout boueux, et toujours courtisés par les moustiques. Nous forçons alors le destin. A défaut de pouvoir être hébergé au flambant neuf orphelinat, où la serviabilité de jeunes enfants aux visages beaucoup trop marqués par la vie nous touchera, nous échouons chez une famille bouriate. Nous passerons une soirée extraordinaire chez Sergueï et Dadi. De la cour toute boueuse initialement prévue, nous camperons finalement dans leur salon (ils iront même jusqu’à nous proposer leur lit). Nous dînerons à leur table, et passerons une bonne partie du temps à discuter et regarder des vidéos youtube sur leur région. Alors que nous trimbalons notre petit album photo version années 90, eux sont à l’air du numérique et nous font défiler moultes photos sur les derniers Smartphones à la mode. Nous utilisons pour la première fois notre petit guide g’palémo (merci Mélanie), notre globe terrestre gonflable, et usons sans modération de l’application google traduction (merci les copains voyageurs).

Le lendemain, c’est plein d’émotion que nous quitterons cette incroyable famille au cœur sur la main. Comme nous, ils ont dû se dire que la vie était décidément pleine de surprise. Sergueï nous accompagnera jusqu’à la route principale sur sa 125.

Nous étions rentrés en Russie la boule au ventre, nous en repartirons un mois après le cœur serré.

Il est 12h30, nous sommes à la frontière – pourquoi nous stressions déjà ? – nous n’attendons que 5 min, et là « niet » « no pasaran ». Le douanier confirme ce que nous avait signalé un sud coréen croisé sur la route, nous ne pouvons passer à vélo. Par chance, moyennant 350 roubles, nous embarquons à bord d’un petit fourgon Kia qui nous emmènera jusque de l’autre côté. Tout se passera très bien et relativement rapidement, si ce n’est qu’il nous aura fallu faire une confiance aveugle à notre chauffeur mongol le temps de faire nos papiers d’entrée.

Youhouuuu à nous la Mongolie !!!

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Une nuit en Sibérie, c’est quoi ?