CHINE

Il est 5h Beijing s’éveille !

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Nous arrivons à Pékin Beijing au petit matin après 2 jours de voyage depuis UB. C’est en bus couchette que nous finissons notre périple. On nous avait annoncé le pire, nous avons trouvé l’expérience plutôt rigolote.
Grâce à notre g’palémo et à la gentillesse des chinois, nous avons trouvé sans difficulté la station de bus dans la ville juste après la frontière. Par chance le bus partait 45min après. Le paysage nous était familier : désert, chameaux, yourtes, troupeaux. Les visages eux bien différents.
Nous voilà lancés tout excités à l’assaut de cette capitale aux 6 périphériques. Heureusement nous sommes du bon côté, mais une bonne 1h30 seront nécessaires pour atteindre la maison de Justin. Nous sommes dimanche, mais ici, le repos ne semble pas exister. 5h c’est l’idéal pour chevaucher notre monture avant que la ville ne se réveille. Mais le chinois se lève tôt et le temps passe vite, il n’est pas 6h que des centaines de scooters, vélos, tucktuck et autre 2-3 roues non identifiés débarquent de toute part. Bienvenue en Asie ! La conduite est sport. S’il y a une voie spéciale 2 roues, elle est à double sens. Le slalom et la vigilance sont de rigueurs pour ne pas se faire couper en 2. Néanmoins nous nous réjouissons de retrouver une ville conçue pour les 2 roues !
Nous sommes tout joyeux d’arriver en Chine. La Mongolie nous a usé. Nous nous sentirions presque chez nous avec les infrastructures retrouvées, les parcs, les cours d’eau, un peu plus de calme et le sentiment de meilleur respect des règles. La rigueur à la chinoise semble tout de même s’arrêter là où les véhicules circulent : c’est un grand bordel ! Nous découvrirons rapidement l’air pollué tristement célèbre. Le ciel est jaune. Les masques de sortie. Nous ne voyons pas à 50 mètres.
Justin habite un petit paradis qui malheureusement sera détruit d’ici quelques mois. Le gouvernement a « exproprié » les bailleurs pour construire d’énormes buildings. Ces derniers n’ont rien à dire puisque les terrains appartiennent à l’Etat. Certains sont déjà en construction et c’est jour et nuit que des ouvriers – logeant dans les fameux préfabriqués – y travaillent. C’est impressionnant.
Le lieu est un ancien restaurant haut standing installé sous une serre florissante, en bord de lac, accompagné de « petits » bungalows. C’est splendide. Justin et les anciens proprios nous mettrons gentiment l’un d’eux à disposition. Nous y passerons une semaine à profiter du lieu et visiter la capitale. Le métro à Beijing c’est très facile et rapide. L’aller/retour en tandem à la cité impériale sera l’équivalent d’une étape (70km!). Cette ville est juste énorme, et les buildings poussent tels des champignons.
Les chinois sont fou de sécurité. A la nuit tombée – 18h30 – policiers et militaires convient la population à quitter les espaces publiques. Les grandes places, musés, métros, sont équipés de portiques de sécurité et de scanners. La police est très présente avec parfois des fourgons blindés. Pour autant, très peu d’agents sont armés, on ne se sent pas du tout inquiet, et outre l’effet dissuasion d’une quelconque protestation, les policiers semblent au service de la population : renseignements, port de bagages, etc. Avec nous, ils sont souvent souriants et nous prennent en photos !
Le dernier jour nous suivrons les conseils de Justin pour visiter la muraille de Chine comme vous ne l’avez jamais vu. Son chauffeur arrondira bien sa fin de mois pour nous y emmener mais à part ça l’aventure fut extra ordinaire. Il nous déposera 5 kms en amont de la partie restaurée de la muraille. Il nous faudra nous faufiler dans la montagne arborée pendant quelques kms avant de grimper sur le mur en ruine. « Aller à droite, marcher 5kms, et vous atteindrez la partie touristique. Le chauffeur vous attendra au parking ».
Là il nous faudra avoir la foi pour oser continuer. Nous crapahuterons comme nous le pourrons au pas de course avec nos chaussures de vélo sur une muraille plusqu’en ruine, humide, végétalisée, où des arbres ont remplacé des tours, et où des parties sont éboulées. Le tout sous un brouillard où l’on ne voit pas à 10 mètres et avec seulement quelques heures de jours devant nous. Pour la superbe vue c’est raté, mais pour l’expérience c’est gagné ! Heureusement nous croiserons des chinois qui font la route en sens inverse. Sinon nous aurions sûrement abandonnés.
La muraille nous apparaît tel un dragon parcourant les crêtes montagneuses. S’étendant sur 20 000 kms, ils auraient mis 2000 ans à la construire ! On se demande quand même un peu ce qu’il leur est passé par la tête…
Nous arriverons de nuit, trempés de sueur, congelés, et les jambes tremblotantes qui me vaudront les pires courbatures du voyage. Mais nous venons de vivre l’une des expériences les plus mémorables depuis notre départ !
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Xi’an

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Malgré les indications que nous avions, nous ne trouverons jamais la première station de bus, quant à la seconde, notre plan B, pas de bus pour Xi’an aujourd’hui. Il y a des journées loose comme ça… Quand nous venons de faire 2h de route dans la banlieue pékinoise depuis chez Justin, l’idée de rentrer bredouille nous déconfite. A la recherche d’un plan C nous voilà alpagués par des rabatteurs… Après de longues hésitations, de la négociation et une après-midi d’attente, nous embarquons dans un mini vanne censé nous amener à un bus. « On ne s’était pas dit plus jamais de plan foireux ? ». Nous nous retrouvons de nuit stationnés dans une petite ruelle sans comprendre ce que nous attendons. Heureusement un couple de chinois a fait le même pari que nous ce qui nous rassure un peu sur notre sort. On nous débarquera finalement sur une sortie d’autoroute, où un bus sorti de nulle part et à moitié vide nous embarquera. Et c’est reparti pour 14h de bus couchette !

Xi’an est une ancienne capitale, notamment connue pour ses remparts. Mais à 13,5 euros par personne la balade, nous nous contenterons de pédaler à leurs pieds. Nous commençons à comprendre qu’en Chine la moindre attraction touristique se monnaye. Si certains sites telle que la cité interdite restent abordables car destinés aux chinois, d’autres plus tournés vers l’étranger sont vraiment disproportionnés. Ça promet…
Nous nous régalerons dans le réputé quartier musulman, nous émerveillerons dans la ruelle de la calligraphie, et apprécierons nous promener de nuit dans le parc de la petite pagode de l’Oie sauvage. La vieille ville est vraiment très belle et agréable à visiter. Se promener à vélo reste toutefois compliqué, les parcs et places publiques leur étant interdit en Chine.

Gong, notre warmshower, habite un appartement dans un petit immeuble vieillot d’une résidence. Il héberge de jeunes lycéens en pension complète. Dès le premier soir il nous invitera au restaurant et nous fera goûter toute sorte de spécialités. Gong est d’une générosité incroyable. En plus de son accueil, nous repartirons avec des cadeaux !

Xi’an est aussi connue pour son armée de soldat en terre cuite. Mais notre étape n’est que de 2 jours et nous choisirons de visiter le petit vignoble de Gong à une heure de route d’ici. La vigne n’est pas la même que chez nous, et c’est fort intéressant de découvrir le vin chinois, et fort délicieux de manger ses grappes. Voilà seulement 3 ans que sa famille est passée de l’élevage de canard au raisin et ils se lancent tout juste dans le vin. Nous passerons une super après-midi. Nous irons chercher ses neveux à la sortie de l’école et ferons sensation devant les grilles. Ici les parents et les enfants se rangent à la queue leu leu et c’est un par un que l’enfant est remis à ses parents, moyennant badge avec photo de l’enfant (ce qui prend un peu de temps). On vous disait que les chinois adoraient la sécurité… Nous cuisinerons également des sortes de raviolis maisons que nous nous promettons de refaire chez nous.

Nous serons enchantés par cette étape et par la rencontre de Gong que nous espérons voir un jour pédaler en Europe. Le départ se fait au petit matin et sous la pluie : salle journée ! Sauf que nous sommes en Chine… 1h plus tard nous voilà avachis sur le canapé du personnel de la compagnie de bus, avec thé chaud et clope sociale.

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Les vacances à Chengdu

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Comme la plupart des vacances organisées, on y arrive en bus. Après le bus couchette des liaisons précédentes, le bus dégueulasse de jour où tu craches par terre ! C’est un concept chinois qu’il est intéressant d’expérimenter. Et toujours aucun problème pour glisser le tandem dans la soute moyennant quelques démontages et quelques biffetons. Nous voilà donc dans la capitale du panda chez oncle Abel et tante Ling. Ils habitent une maison de 4 niveaux dans la banlieue ouest de la préfecture du Sichuan : super jardin, salle télévision, cuisine américaine et nous avons même un grand lit rien que pour nous. Savez-vous pourquoi cette région est aussi connue en Chine?  Pour son poivre et sa cuisine pimentée… Il est relativement facile d’y étendre son visa sauf quand vous dites que vous habitez chez un amis. Et oui, en Chine il est obligatoire d’aller s’enregistrer au poste de police pour les étrangers sous peine d’une belle amende. Donc toujours mentir avec le sourire et dire qu’on dort à l’hôtel. On aurait dû leur dire qu’on dormait sous la tente pour rigoler.

Chengdu c’est une mégalopole et on pèse le préfixe « méga » quand on pédale des heures à traverser les futurs quartiers d’habitation. Quelques rues, parcs et temples plutôt mignons, mais l’attraction ici c’est quand même le panda. Il est vrai que cet animal ne laisse pas indifférent mais de là à être hystérique quand un jeune panda se prélasse sur le dos. Ils sont dingues ces chinois. Ces gras mammifères sont peinards dans ce centre de reproduction : bouf à volonté, pas de prédateur, une armée de soigneurs et des milliers d’admirateurs chaque jour de l’année. On s’est même demandé si ce centre de reproduction n’était pas en fait un business et que nous avions payé un ticket d’entrée pour un zoo. Nous nous sommes bien gardés de critiquer et surtout d’ouvrir les cages, parce qu’il paraît qu’ici si tu touches un cheveux des pandas tu finis en prison. Et oui on ne critique pas un symbole en Chine !

Oncle Abel nous a initié à la médecine chinoise. C’est une médecine traditionnelle qui prend le corps comme un tout. Elle tente de comprendre la personne par la gestion de ses énergies internes. Virginie a pu expérimenter les effets de l’acupuncture et de quelques herbes (des herbes médicinales…hein) pour s’occuper de ses problèmes de thyroïde. Les effets sont d’ailleurs aujourd’hui prometteurs. Nous avons passé des heures à essayer de comprendre comment la mécanique Chine fonctionnait et surtout comment lui faisait pour habiter dans le seul endroit qu’on connaît au monde où il n’y a jamais le soleil ! Humidité permanente et espèce de gros nuage bien épais. Bordel quel est son secret pour ne pas déprimer ? Merci pour ces longues soirées endiablées à refaire le monde ou à le défaire d’ailleurs …. ?

On a beaucoup cuisiné aussi pendant ces vacances parce que je vous dis pas comment on était fous d’avoir un four. Et puis tante Ling avait dans ses placards du chocolat, du beurre et même du vin bio de France ! Avec leur site d’achat en ligne ultra sophistiqué (tu payes en mettant ton doigt sur l’écran de ton smartphone) tu peux acheter ce que tu veux et te le faire livrer chez toi en 48h. Elle nous dira en partant : « heureusement que vous partez parce que je serais devenue énorme ».

Pendant les vacances, nous sommes aussi partis en week-end à la ferme. Une petite ferme de 300 hectares en bio et 100 employés. On a aimé l’expérience bien qu’on avait pas imaginé ce genre de ferme avant de s’y retrouver. La cueillette de fleurs pour le thé nous a détendu et nous avons beaucoup aimé faire des baguettes de pain, du tofu et jouer avec les cochons. Bon, une bonne occasion de voir à quoi ressemble l’industrie du bio en Chine avec des investisseurs taïwanais. On les remercie tout de même pour leur accueil et la cantine. Merci très spécial à Thomson déjà de nous avoir supporté avec nos questions bizarres mais surtout de nous avoir partagé sa vision de l’agriculture et son envie de voir le monde.

Comme dans chacune des différentes régions de Chine nous avons gouté de nouvelles spécialités de rue. Ici par exemple, tu as à la carte le pain fris à la farine de riz fourré aux herbes, à la viandes et aux épices. Pour quelques poignées de yuans, les cuistots chinois hommes ou femmes te régalent. Il faudra aussi citer les brochettes, ah oui c’est très rigolo ça. Tu choisis tes brochettes et ils te les cuisent sous le nez. Tu peux prendre des champignons, des petits pains, des haricots ou toute sortes de viandes ou poisson. Ils te mettent de l’exhausteur de goût pour que ça t’explose dans la bouche : mission réussie. Abel nous dira un soir que ce produit est interdit en Europe depuis plus de 20 ans parce que cancérigène. Alors, on s’en remet une petite ?

Et bien on va se remettre un petit bus pour aller dans l’Himalaya. Roulons vers le lac de Luguhu !

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Allons au lac de Luguhu !

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Depuis l’émission de Pascal-Marie Milan sur France Culture….

« Existe-t-il des sociétés sans père ni mari ? »

https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/existe-t-il-des-societes-sans-peres-ni-maris

…j’avais été furieusement interpellé à l’idée que sur cette planète il existe des sociétés matriarcales. C’est tellement loin de ce que nous connaissons. Et nous les hommes avec un petit « h » ce ne serait pas intéressant d’imaginer cette possibilité?

C’est une organisation de famille autour de la femme. Chez les NA ou NAXI les mères élèvent leurs enfants avec les oncles et tantes. Il est possible d’avoir plusieurs enfants de pères différents issus de rencontres nocturnes. Nous avons été surpris de voir que la Chine est peuplée d’un nombre important de minorités. Les villages les plus reculés conservent encore un certain nombre de traditions; mais pour combien de temps encore ?

Le choix d’aller au lac de LuguHu a été suggéré par oncle Abel après que nous lui ayons demandé ce qu’il nous conseillait dans le Sichuan et Yunnan. « Endroit magique » nous dit-il et cette minorité NAXI dont il avait déjà entendu parler: « ah oui Pascal-Marie je l’avais aidé à son arrivée en chine, elle était drôle … » Incroyable, le lien était fait, il n’en fallait pas plus pour nous convaincre : allons au lac de Luguhu! Il nous prévient quand même que c’est devenu assez touristique, et nous le tourisme à la chinoise on commence à se méfier.
Comme le lac est à plus de 3500m d’altitude et que ça nous dit moyen (enfin à la moitié de l’équipe) de faire de la grimpette, nous prendrons le bus. Une première étape par Xichang et un second bus vers le lac. Un bon moment cette gare de bus à Chengdu : alors qu’il faudrait passer tous nos bagages aux portiques de sécurité – et risquer faire tout sonner avec nos couteaux et bouteille de gaz – la douane est plus occupée à se prendre en photo devant le vélo !

Hop dans le bus sans avoir à payer pour le vélo, aux petits soins du chauffeur et avec des brioches gratos en prime.

Xichang est une ville mignonne en bord de lac. Quelques monuments remarquables et un centre ville animée autour d’un canal. C’est mignon mais bien trop éclairé à notre goût la nuit tombante.

C’est nettement moins facile sur le second bus et nous lâchons 50Yuans de plus pour notre vélo en prétextant que ce n’est qu’un vélo et pas 2… (et oui les avantages du tandem). Je suis horrifié des spots de prévention routière sur un écran géant 5x3m où le gouvernement sensibilise en passant des images choc et sans aucun filtre. On voit des gens broyés sous des camions, des têtes de motards qui roulent et même un cycliste encastré entre 2 fourgonnettes.

Et 100Yuan de plus pour l’entrée dans le parc de LuguHu. C’est une zone protégée depuis quelques années et il faut maintenant payer pour tous les équipements dont nous n’avons pas besoin. La gare de bus est immense et vide. Le temps de remonter le convoi, 3 femmes passent avec d’immenses fagots de bois portés sur le dos et sangle retenue au front. Le décor est planté, bienvenu dans l’autre Chine. Quelques minutes plus tard nous découvrons ecoeurés un grand panneau solidement bétonné qui donne à la population les règles de vie locale par les autorités centrales. Une sorte de charte géante de vie en collectivité avec amende à la clef. Voici quelques extraits :

« Supprimer la superstition, les veilles croyances (…) l’extravagance.Accueillir les touristes d’une manière civilisée (…)Les parents doivent envoyer leurs enfants à l’école (…)Interdit de porter plus d’un enfant pour chacune des femmes (…)Interdit de troubler à l’ordre public (… ) »

Nous jouons à la corde à sauter devant ce panneau avec quelques enfants dans une joie de vivre et un accueil globalement timide !

Les quelques jours à rouler autour du lac passeront trop vite. Le cadre est majestueux, les couleurs de l’automne le rendent magique. Nous trouverons tous les soirs un coin pour planter la tente. Arrivés dans le week-end nous sommes plutôt satisfaits le lundi quand la nuée de scooters électriques quitte petit à petit les routes pour nous laisser seuls face au spectacle.

Le tourisme fait rage ici. Chaque petite maison traditionnelle a mutée en un hôtel à 4, 5 ou 10 chambres. Des hôtels de luxe ont trouvé leur place sur les coins les plus charmants et la population locale est obligée de se reculer un peu du bord du lac pour y vivre tranquillement.

Les NAXI sont présents et remarquables par leurs vêtements d’une grande couleur et leurs grandes coiffes noires. Les femmes sont dignes et fument la pipe. Elle vendent leur production, du miel ou du charbon, et refusent qu’on les prenne en photo. Notre rencontre ne se fera donc pas, nous ne maîtrisons pas le chinois et encore moins les dialectes locaux.

A défaut d’une rencontre avec cette minorité, nous passons une soirée avec un couple de Han et leur fils en tour de la Chine en camping car. Ils ont prévu une année et ont quitté leur vie d’avant : travail, maison… Ils rêvent de boulots avec un peu plus de sens, lié à l’éducation pour May et surtout donner la chance à leur fils JianJian de voir la Chine.

Le dernier jour avec un petit crachin qui nous donne la tremblote, nous tentons le stop pour quitter le lac. Après une heure sous une vraie pluie nous décidons de prendre le taxi après âpres négociations : à nous Lijiang !

Au passage, à la vue de l’état de la route, des éboulements, des trous, des cailloux et même des passages à guet, l’idée du taxi n’était finalement pas si saugrenue.

Nous sommes dans le Yunnan.

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Le Yunnan à vélo

11 novembre : C’est la vraie reprise du boulot vélo ! Objectif : rejoindre la frontière laotienne début décembre.

Lijiang – Dali
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A Lijiang nous serons bloqués une journée à l’hôtel par la pluie ce qui n’est pas pour nous déplaire. Pour visiter cette ville ultra touristique il nous faudrait payer 80 000¥ par personne (11€) et nous en avons un peu marre de devoir raquer pour chaque site touristique. A défaut nous faisons un petit détour par le très joli village de Baisha à quelques kms au nord. Ici culmine le Mont xxx à 5500m. Recouvert de neige, c’est la plus haute montagne que nous n’ayons jamais vue et nous en sommes bouches bée.

Il nous faudra gravir 2 bons cols, atteindre les 3000 mètres, et traverser des travaux pour atteindre Shaxi (petite ville recommandée par oncle Abel). Le chinois ne fait pas dans la demi mesure : quand il décide de refaire une route c’est toute la route qu’il casse d’un coup. Ce sera sport !
C’est jour de marché le vendredi et nous avons de la chance : nous sommes vendredi ! Nous nous en mettrons plein les yeux et plein la panse – nous trouverons même des crêpes – dans cette très mignonne petite ville qui vaut le détour.
Nous y rencontrerons Alice et Benoît, 2cyclo français en vélo couché. Eux aussi font route pour Dali. Rdv est pris pour le lendemain au pied du col.

Nous voilà dans des forêts de pins et nous aurions presque l’impression d’être à la maison.
Le col se finira sur piste accidentée mais nous ne pousserons qu’à peine.
Le ciel est incroyablement bleu depuis que nous avons quitté le Sichuan. Les nuages sont quasi inexistants lorsque la brume matinale se disperse.

La piste le long du lac est en travaux et résignés nous finirons sur la grande route. Dommage.
A Dali nous dormirons dans la chouette guesthouse d’Heimat, notre warmshower. Le Dali Mufu international youth hostel, et y passerons 3 nuits. Nous recommandons chaudement cette étape !

Dali – Pu’er
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A raison d’une cinquantaine de kms par jour, il nous faudra une semaine pour atteindre Pu’er et gravir de nombreux cols. Mais les pentes sont abordables, nous changeons notre manière de pédaler, et moyennant quelques bonnes pauses et des kg de gâteaux, nous n’aurons jamais à pousser.

De pédaler à 4 motive ! Une fois de plus le partage d’expérience est très précieux. Nous découvrons qu’à 7 mois de voyage nous pouvons encore largement enrichir notre fonctionnement et notre organisation, et améliorer plein de petites choses qui m’aideront à mieux vivre et profiter du voyage. Alice et Benoît roulent depuis plus d’un an à travers l’Amérique latine et l’Asie centrale. Notre convoi extraordinaire ne passe pas inaperçu.

Ici les bivouacs deviennent compliqués et il nous faudra faire dans l’insolite : carrière, usine de séchoir à tabac désaffectée, salle communale, place de village… rien ne nous effraie. Ca ne pose aucun problème d’installer son campement, pas besoin de se cacher, et ça fait bien marrer les chinois.
Nous planterons la tente 2 fois chez l’habitant qui nous feront mentir sur le « non accueil » des chinois. Nous passerons 2 belles soirées, dont l’une mémorable : en pyjama nous avons été trimbalés de maison en maison pour partager un premier repas (au menu poule carbonisée découpée en petit morceau avec le bec et la langue svp), puis jouer au majong, puis terminer par une séance de barbecue à 15 autour de grandes flammes.

Nous avons adoré déambuler dans les rues piétonnes de Weishan.

Pu’er – la frontière
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Nous arrivons fatigués, serons déçus par la ville, et découvrons que la béquille de notre remorque nous lâche. Une étape loose qui en annoncera d’autres.

Après 15 jours ensemble, le groupe préfère se séparer. Plusieurs choix de route s’offrent à nous. Ombeline et Simon nous ont inscrit en Mongolie dans un groupe Whatsapp « biking to china ». Le voyage se modernise ! Nous obtenons pas mal d’informations par les cyclos voyageurs qui nous précèdent. Leurs retours sur la route du Sud – la G213 – ne nous fait pas rêver. Nous décidons de partir à l’inconnu et de prendre la petite route plein est, la S214 : 1000 mètres de dénivelés positifs en plus et quelques dizaines de kms supplémentaires, nous ne regretterons pas notre choix. La route est splendide, moins fréquentée, les bivouacs magiques. Nous devenons tellement fane des cols que nous en monterons un gratos après Kangping où nous mettrons 10kms à réaliser, essoufflés, que nous nous sommes trompés de route…

Nous découvrons la Chine rurale. Après les rizières, les théiers si réputés de la région de Pu’er feront place aux bananiers puis aux caoutchoutiers. Les petits paysans s’en donnent à coeur joie sur les traitements chimiques – sans protection – et ne ménagent pas leur peine. Les cultures s’étendent jusqu’au sommet c’est impressionnant

La chaleur de la population ne cesse d’augmenter en pédalant vers le sud et atteint son apogée : des jeunes un peu trop alcoolisés nous offrirons le restau, une marchande un concombre, une commerçante des bouteilles d’eau… Après Mengxing nous partons en quête d’un bivouac et nous retrouvons un peu malgré nous au fin fond d’une bananeraie face à une maison de bois sur pilotis. Nous demandons à planter la tente et finirons dans le salon ouvert d’une adorable famille. Au petit soin pour nous ils refuseront nos légumes et notre aide. Ils nous régaleront le soir et le matin, nous serons gênés mais tellement touchés. Ils ne parlent pas anglais et Google traduction ne semble pas les inspirer. On arrive tout de même à se comprendre et le partage sera fort. Pourquoi est-ce toujours les petites gens qui sont les plus généreux et accueillants ?

Nous repartons avec deux régimes de banane ! Cela tombe plutôt bien car nous connaîtrons deux jours d’enfer à gravir des cols alors que nous sommes l’un après l’autre malades comme des chiens. Nous nous échouerons dans un hôtel à Mengla. Nos roues ont rejoint la G213 et notre petite route nous manque : depuis Mengxing nous enchainons des villes moribondes, puantes, poussiéreuse, ultra fréquentées. Comment font-ils pour vivre ici ? Il vaut mieux être campagnard que citadin. La plupart des cyclo finissent par prendre le bus ou l’autoroute, aucune de ces alternatives nous bottent. Nous serrons les dents et tentons jusqu’au bout la route secondaire. Quelle surprise ! Pour cause de quelques portions de travaux la route est désaffectée. Nous voilà seuls au monde dans la jungle avec des côtes asphaltées (et des descentes de VTT). Nous nous régalons et posons la tente près de points d’eau. Le bonheur retrouvé de pouvoir se laver chaque soir ! L’avantage d’avoir pris autant de bus en Chine c’est que nous sommes larges en temps et enchainons les petites étapes pour gravir tranquillement ces derniers cols.
Entre Mengyan et Mengla, 2 bons cols nous attendent. Benoît a très envie de tester l’autoroute et ses fameux tunnels de la mort dont parlent les cyclos : « le plus mauvais est juste après Mengyan : 3.5 km essentiellement en montée sans éclairage – sauf à la fin – et pas de ventilation. Épaisses fumée masquant les phares des véhicules d’en face et température qui monte en flèche. Presque 20 minutes de stress. » Non merci. Nous gravissons donc le premier col. J’insiste pour qu’on gravisse le second, mais comme la politique de l’équipe est de s’adapter au plus faible… je cède à Benoît (j’aurais jamais cru pouvoir écrire ça un jour ^^). Il est possible de récupérer l’autoroute après ce tunnel. Nous nous élançons donc et l’adrénaline monte en flèche. Le plus long des tunnels sera en pente descendante, tout se passera bien, nous arriverons en 30 min à Mengla sourire aux lèvres. Sauf si vous adorez les cols comme moi on vous conseille cette portion qui évite des heures de grimpe.

Malheureusement les travaux finissent par nous rattraper après Mengla et après quelques rodéos nous nous rendons à l’évidence qu’il nous faut finir sur l’autoroute. Quelques coups de pédale et nous voilà à la frontière. Chine tu vas nous manquer ! Nous avons pile 15 jours pour nous rendre tranquillement à Luang Prabang où nous retrouvons le frère de Benoît et Bénédicte qui viennent pédaler en tandem avec nous pour les fêtes de noël. Youpi !

Ce pays continent aux milles facettes a su nous charmer malgré de forts aprioris. Peut-être parce que nous n’avions pas de réelles attentes ? Ce séjour en Chine a été passionnant tant l’écart culturel est important. Nous ne pouvons parler d’une Chine… ce pays aux 1,4 milliards d’habitants, aux 56 ethnies, dont l’étendu correspondrait au Nord à celle de la Suède jusqu’au sud celle de l’Egypte et de Brest à l’ouest à Moscou à l’est, est devenu un poids lourd dans la société mondialisée dans laquelle nous vivons. Sur le tandem, on carbure à France culture; pas un podcast, pas un sujet où la Chine n’est pas évoquée.

La notion de temps, la définition des mots, la manière de compter, les concepts ou les représentations : tous diffèrent de l’occident.

Nous l’avons traversée durant deux mois et nous avons pourtant le sentiment de ne l’avoir qu’à peine effleurée et comprise. Nous avons découvert un pays bien loin des représentations que nous nous en faisions. Tout semble démesuré ici : la vitesse de développement, la quantité de travail, le temps passé à étudier… et même le relief et le climat. Nous avons trouvé les chinois avenant, curieux, chaleureux, où l’intimité reste malgré tout bien gardé. Nous confirmons que la Chine n’est pas qu’un pouvoir central mais avant tout des populations et des territoires.

Nous en sortons avec une profonde envie d’y retourner et de nous asseoir à nouveau sur le dos du dragon.