VIETNAM

En cette radieuse matinée de fin mars nous laissons notre Cambodge chéri pour notre 15ème pays : good morning Vietnam !

Visa électronique en poche, la cérémonie du tampon sur le passeport est, une fois n’est pas coutume, une simple formalité. Notre caméra est allumée, la lumière clignote, les douaniers ont tout essayé sur le vélo. Note pour plus tard : le vietnamien est curieux. « How much your bicycle ? »

« Attention au Vietnam, ils sont vraiment fous sur la route » nous avait-on balancé comme si c’était une évidence. Je m’étais dit qu’avec le nombre de pays et capitales traversées le tandem semi-remorque que nous ridons pouvait friser ses moustaches ! Nous roulons à pleine allure sur le bord de la route quand notre premier bus vietnamien manque de nous écrabouiller. Voilà 30 minutes que nous sommes entrés au Vietnam. Ici, la règle c’est que plus t’es petit et vulnérable et plus tu fais attention « à ta gueule ». C’est du chacun pour soi mais globalement les gros camions, eux sont les rois de la route surtout avec leur klaxon à 150 décibels. Il est courant de vivre 2 à 3 fois par heure de roulage une situation proche de l’accident ou tu testes tes réflexes et ceux des autres, sauf que eux ça ne les gêne pas. Il y a même des locaux qui traversent les routes à pied. Bien sur, c’est en prenant leurs jambes à leur coup, en ayant attendu le bon moment et sous les applaudissements de tout ceux qui les regardent (enfin nous) comme un toréador se faisant frôler le pantalon par les cornes d’un taureau.

Bienvenu vous êtes au Vietnam, un pays communiste, mais pas sur la route.

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Traversée du delta du Mékong :

Canaux, rizières à perte de vue, café frappé,  petite routes saturées, chapeaux de paille coniques, drapeaux rouge à étoile jaune, hamac, petit pont qui enjambe, péniches, du vert, des bananerais, odeur de poissons séchés, hamac, cerf volant, soupe de nouilles et cafés frappés, nuée de motos, jus de canne, sourires et visages fermés, églises, humidité, chapeau-masque-gants, friture, mangue, hamac, camion, marchands ambulants, vie maritime et vie terrestre, palmier, chiens dormant sur la route, eau boueuse et village flottant, cimetière militaire et monument aux morts, beignets, moto à 4, hamac garni, bébé, moustiques, charrette à buffles, klaxons, pont suspendu gigantesque, marchés, cage à oiseaux, queue de poisson, jeux de cartes et tabac…

C’est comme traverser le marais Poitevin mais avec tout en plus grand, des routes bondées, des palmiers et des bananiers à la place des aulnes et des frênes et des odeurs de bouffe à tous les coins de rue et ce n’est pas du farci poitevin !

Nous scotchons sur le parvis d’une église (!). Nous avons quitté les clochers depuis l’Europe. Elle est grande, elle est moderne et son ombre nous permet de nous planquer de ce soleil railleur. Ah, et il y a même de l’eau pour remplir nos gourdes qui semblent percées. C’est 3 à 4 litres par jour et par personne qu’il faut trouver et il est hors de question de participer à cette gigantesque décharge de plastique qu’est devenu le bord des routes.

Première nuit planquée à coté d’un camp militaire clairon en prime et yeux émerveillés de 2 paysans nous trouvant à côté de leur champ au petit matin. Deuxième nuit : tentative de dormir chez l’habitant. La police vient nous cueillir et l’heure à parlementer ne fera pas plier nos fonctionnaires en tenue de footballeurs. « La loi c’est la loi » et les touristes sont les touristes, vous avez l’air sympa mais nuit ou pas tout le monde à l’hôtel ! Voilà comment planter sa tente dans un hôtel en prenant une bonne douche et en respectant notre budget des 10€/jour pour 2.

On aura ensuite une nuit en hangar avec scorpion, une nuit sous la pluie ou la chambre d’hôtel providentielle mais dont le prix a doublé dans la nuit !

Une bonne idée de route pour des cyclo-voyageurs en recherche d’un tracé original serait la descente ou la montée du Mékong. C’est la Chine, le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge puis le Vietnam que ce gigantesque fleuve borde ou traverse. Nous c’est la 3ème fois qu’on le croise et c’est à chaque fois une nouvelle rencontre ! Je me demandais pourquoi on ne voit pas de voile sur ce fleuve avec des milliers de bateaux le naviguant. Mon avis c’est que le vent est irrégulier et les courants très forts. Et puis un moteur c’est tellement pratique. Rappelle-moi pourquoi on est partis en vélo ?

Can Tho

Petite ville de province de plus d’un million d’habitants : c’est comme entrer dans Lyon en pensant arriver à La Tremblade… C’est que le Vietnam c’est hyper peuplé avec ses 90 millions d’habitants sur un territoire de 2/3 de la France métropolitaine. C’est plus de population que la Thaïlande, le Cambodge et le Laos réunis.

Nous avions décidés de traverser ce village pour son marché flottant. A peine arrivés nous nous étions déjà fait entubés sur le prix des beignets du 3ième goûter, on nous avait déjà proposé 2 croisières en bateau, de formidables chapeaux à prix cassés et un hôtel à 20$ la nuit ou nous trouverons pour 6$ une chambre propre et sans cafard. Ouhais, vraiment nous prendre pour des touristes à large porte feuille ça commence à nous irriter. « Ben, ce n’est pas contre toi, c’est pour ce que tu représentes. Un occidental c’est bourré de tune et en plus ça les dépense ! ». Sauf que moi j’ai un budget à tenir madame et que je n’aime pas dépenser !

Poussée d’adrénaline sur ce gigantesque pont suspendu au dessus du Mékong. Petite pensée pour Corine et son héroïque traversée du pont de Normandie. Le vent nous rabat sur les motos qui nous frôlent, elles même frôlées par des camions surchargés avec chauffeurs sous amphétamines, eux-mêmes frôlés par de grosses bagnoles en fond de 5ième. Pour couronner le tout, nous prenons une grosse averse tropicale et tout ce petit monde à 2 roues s’arrête sous la pile du pont pour se mettre à l’abri dans un concert de klaxons et de cris. Chose n’est pas coutume, le pilote de moto en profite pour s’allumer une petite clope à 50m de hauteur et regarder cette magnifique vue sur un village flottant : ouhaaou, le Vietnam, ça décoiffe !

Je ne résiste pas également à vous raconter ce repas rocambolesque ou après un super plat végétarien, une famille nous prend en amitié et nous installe dans leur hamac familial avec ventilateur privatif. Le repos sera de courte durée tant la demande en face est forte. Ils veulent savoir comment nous nous appelons, d’ou nous venons, pourquoi nous sommes au Vietnam. Les enfants jouent avec nous. L’idée de la France est pour eux vague. On vient rapidement à parler salaire et tout ça sans que nous parlions vietnamien et eux sans parler ni français, ni anglais. Nous usons de tous les stratagèmes, jouons au Pictionnary et Dixit. Nous sortons les photos de famille et ils font de même. Le moment de rencontre et de fraternité est magique. La chute c’est qu’il nous demande de leur envoyer du parfum de France. On leur explique que c’est un budget et les voilà encore plus ravis ! D’un parfum pour madame, on passe à un parfum pour monsieur et même pour l’oncle. Note pour plus tard, les vietnamiens sont friands de parfum.

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Ho Chi Minh City et le Québec 

La traversée du Mékong se termine dans les bras d’Annie. Nous utilisons le réseau WarmShower (le coach surfing des voyageurs à vélo) et ce couple de québécois expatriés à Ho Chi Minh nous ouvre les portes de son appartement et les draps de son lit d’amis moelleux à souhait. Annie nous accueille chaleureusement et partagera avec nous sa vie d’expatriée. Outre l’immersion total au Québec libre, elle nous embarque au culot dans les bons plans de la ville, nous fait boire du vin (oh, du vrai vin de France, son goût, ses arômes, oh patrie chérie !) et nous invite à cuisiner avec elle des nems, des bagels au saumon et même des spaghettis.

Ho Chi Minh est une mégalopole ou les maîtres mots sont « vitesse » et « business ». Ce sont des nuées de motos sur chacune des rues, des gratte-ciels bardés de couleurs hypnotiques, des petites ruelles à n’en plus finir, des magasins à tour de bras, une cathédrale et même une poste dessinée par Mr Gustave Eiffel en personne. La pluie diluvienne rempli les caniveaux en quelques secondes et nous voilà avec de l’eau aux chevilles. Le musée de la guerre (« War Remnants Museum ») nous plonge une nouvelle fois dans l’horreur la plus totale. Comment l’Homme peut-il imaginer de telles choses et comment font-elles pour être reproduites aussi souvent ? Nous apprendrons avec émois que les effets de l’agent orange sont toujours présents. Des enfants avec d’énormes males formations naissent toujours 40 ans après. Rappelons que ce produit hautement toxique a été élaboré par Monsanto. Est-ce que nous portons tous en nous cette barbarie ? Et le pire c’est que cette histoire se répète aujourd’hui sur ce monde, à cet instant (Afghanistan, Syrie tant d’autres). Est-ce que nos enfants visiteront Guantanamo avec le même dégout que nous ? Comment pouvons-nous éviter ça à nouveau et comment pouvons nous chacun être porteur de paix, de tolérance et de libertés individuelles ? A la vue des résultats du premier tour des élections présidentielles en France, nous nous demandons comment notre nation peut conserver son titre de « patrie des droits de l’Homme ».

Phan Thiet, le pays du dragon…fruit !

C’est avec émotion que nous quittons Annie après un bain de confort et une envie de prendre un avion direct pour le Québec. Nous roulons vers l’essentiel, une fois de plus. Et une fois de plus nous ne savons plus ce que ça veut dire. Ce concept mouvant est décidément difficile à attraper et nous occupe bien sur le vélo. « Pour moi ce qui est sur c’est que chez nous il y aura une machine à laver » me glisse ma partenaire en conclusion de cette discussion sur notre essentiel.

Nous roulons vers la côte et nous traversons une forêt ! C’est la première depuis des lunes et c’est une plantation d’hévéas, ces arbres à caoutchouc qui sentent si fort. De la nature, sans béton, il est 11h et si on plantait la tente ? Ah, non il faut qu’on avance encore vers l’est car nous avons rendez-vous pas loin de Phan Thiet avec Thao et son équipe, au centre de Thien Chi. Ce centre fait partie d’une communauté de travailleurs réunis sous la marque de MEKONG+ et qui fait travailler pas loin de 100 personnes, pour la plupart des femmes et des personnes ayant des difficultés d’accès à l’emploi. Des ateliers alimentent les boutiques présentes dans les grandes villes des pays traversés par le Mékong. C’est de l’artisanat à base de bambou, du tissage et surtout des vélos en bambou. C’est cette fabrication qui m’avait fait contacter Bernard, le fondateur de cette coopérative. Il est Belge est l’a crée il y a une 20taines d’année maintenant.

La visite de l’atelier vélo me ravis et je suis émerveillé de la construction des ces cadres artisanaux en bambou et résine époxy. Une scie à onglet, une perceuse à colonne, une scie circulaire portative, de la ficelle pour la prise d’angle et beaucoup de savoir faire leur permettent de produire 5 cadres par semaine avec 4 travailleurs réguliers. Mr Tam est très fier de l’atelier et travaille aujourd’hui en chaussure de ville, en pantalon noir de ville et en chemise blanche…comme tous les jours !

Nous visitons également une école aidée par la coopérative dans un programme d’hygiène bucco-dentaire ainsi que de petits paysans aidés par des micro-crédits pour améliorer leurs revenus. C’est ici le pays de la production du fruit du dragon et c’est véritablement de l’or rose. L’exportation se fait vers la Chine, la Thaïlande et même l’Europe et avoir quelques pieds de plus c’est s’assurer un revenu complémentaire, encore faut-il avoir le foncier et l’argent pour acheter un pied qui ne produira que dans 3 ans.

Nous en profitons pour remercier chaleureusement Loan, Thao, Thanh et Tam pour leur accueil et le partage de leur projet. Ils nous escortent jusqu’à la gare et nous jetons le tandem dans le train : c’est parti pour 35h de hard-seat !

En avant pour la capitale !

En prenant nos billets, nous n’avions pas tellement imaginé ce qu’impliquait de rester 35h sur des sièges en bois et derrière des grillages en guise de fenêtre. Bon, l’essentiel c’est que le vélo est dans le même train que nous et que nous avons de quoi manger. Ouhais, sauf que 24h plus tard, nous avons les fesses en compote et des bleus sur les anches après une nuit quelque peu agitée. Nous sommes noirs de poussière, l’intérieur du nez y compris. C’est là qu’on se dit qu’on a plus 20 ans… mais les paysages valaient le coup et ça il n’y a pas d’âge pour les apprécier. On ne s’étendra pas sur notre état à l’arrivée à 3h du matin. Une petite heure pour remonter le vélo et nous voilà frais et disponibles pour aller faire notre gymnastique matinale avec des centaines de vietnamiens dans un des plus grands parcs d’Hanoï. A 4h30 du matin c’est déjà des foules de dames qui bougent leur popotin au son de rythme zoumba et des hordes d’hommes en pleine musculation. C’est là qu’on comprend le culte du corps et pourquoi tant de femmes portent des casquettes à protection de nuque et autre masque pour ne pas bronzer. Note pour plus tard : la femme vietnamienne doit être fine et avoir la peau blanche.

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Xin Chao Lolo !

Après quelques jours sur Hanoï, la découverte d’un café « vélo Love » alternatif et d’une soirée famille rattrapage de l’histoire du Vietnam, nous accueillons Lora une amie de Virginie venu nous rejoindre pour un morceau de voyage.

Elle sent bon la France ! Elle nous apporte des nouvelles fraiches sur les élections, sur les nouvelles régions qui n’existaient pas quand nous sommes partis ou sur la salle de choute gare du nord. Elle sent bon aussi le fromage, le chocolat et le saucisson que nous dégustons petit à petit chaque jour.

Je ne dévoilerais rien si je vous dis que ces 10 jours on été intenses pour nous et un peu le moment d’un bilan après une année. Elle nous pousse, elle nous rassure, elle nous donne encore de la confiance et surtout, elle nous écoute. C’est un déversement d’anecdotes qu’elle doit s’ingurgiter, tantôt Ben, tantôt Vivi et toujours avec le sourire. Je dois dire que ça nous fait un bien fou de raconter tout ce que nous avons dans notre besace. Nous tournons en cercle fermé H24 ensemble et c’est génial d’avoir une oreille attentive critique et constructive. Merci Lora pour cette capacité d’écoute !

Quelques jours à se balader autour de Sapa et ses rizières à flan de montagne. Notre équipe déambule dans la montagne comme des cabris à la rencontre des minorités. La fraicheur du climat nous fera apprécier la douche chaude. La pluie nous poussera à siroter du café sous les toits de tôle. Ici les femmes, n’ont pas l’air de craindre de bronzer et de ressembler à un pet de lapin.

Cinq jours sur l’île de Cat Ba, au sud de la baie d’Ha Long. Nous cherchions à voir ce lieu magique en essayant d’éviter le flux touristique. On a plutôt réussi en visitant à pied, en scooteur (Virginie a eu son permis haut la main) et en prenant le bateau régulier inter-îles pour faire une croisière sans vraiment la payer. Nous resterons sous le charme de cet endroit si particulier et impressionnant, autant que sous le désespoir de voir ces 500 bateaux de touristes journaliers sillonnant la baie en lâchant leur déchets et en posant leur ancre sur les coraux. « Gracias » le tourisme mais pas « mouchas ».

Le moment des au-revoir est difficile pour nous autres. Elle ne sait pas alors combien nous nous sentons seuls. En la laissant partir dans son minibus vers l’aéroport, un vietnamien enjambe pour la Nième fois notre vélo pour l’essayer : quel curieux. Il sent le parfum.

Bye bye l’Asie !

Nous nous apprêtons nous aussi à quitter « cette petite Chine ». Hormis les paysages, on nous en avait vendu beaucoup trop de négatif. Oui il nous est arrivé plus d’une fois d’être pris pour des portes monnaies et il nous fallu vérifier systématiquement le rendu de notre pièce ; oui les Vietnamiens peuvent paraître brutes aux côtés des Thaïlandais ou des Cambodgiens ; oui les pays bouddhistes nous ont manqué ; oui nous ne nous sommes pas laissés séduire aussi facilement. Mais c’est au Vietnam que l’on nous a offert à plusieurs reprises le repas ou l’apéro sans que l’on ait demandé quoi que ce soit ; c’est au Vietnam que sans rancune ni agressivité aucune, ils avaient à coeur de nous montrer des vidéos en français d’Ho Chi Minh racontant sa vision de l’Histoire ; c’est ici aussi qu’on repart avec le plus d’amis Facebook… si certains sont filous ou mal intentionnés, d’autres nous ont profondément touché et rendus heureux. Et une fois encore, c’est en quittant les zones touristiques qu’on fait les plus belles rencontres, qu’on vit les plus beaux moments, qu’on se sent connecté au monde.

C’est dans une tornade tropicale que nous « packageons » notre tandem dans un minus carton. Nous le glissons sur le tapis de l’aéroport ou il est pesé aux grammes près conformes à notre droit de poids. Ça y est c’est parti ! Après un an de voyage, 7 mois passés en Asie, dont 5 en Asie du Sud-Est, nous quittons notre continent pour nous envoler vers l’Australie ! Mais parce que nous y rendre directement serait moins drôle, nous faisons une rapide escale à Singapour avant de poser nos roues à Bali, où 3 semaines nous permettront d’en faire tranquillement le tour.