Tous les articles par lesgrains2selles

2 ans déjà !

Il y a deux ans tout pile, nous partions de chez nous, escortés d’amis et de membre de la famille, direction la Thaïlande ! Ça faisait toussoter les passants lorsqu’on leur disait cela…

2 ans déjà ! Ça paraît déjà si loin… et 2 ans plus tard ? Nous voilà tout juste rentrés de cet incroyable voyage que nous nous remercions d’avoir vécu. Réaliserons-nous un jour ce que nous avons entrepris ?

Nous voilà désormais installés à Agen pour les prochains mois… Nous sortons tout juste la tête de l’eau ou de notre bulle… L’appartement a pris forme, l’administratif est réglé, et Benoît fait déjà des heures supplémentaires au Café Vélo. Bref nous découvrons tout doucement notre nouvelle vie… avec des hauts et des bas, mais rien d’anormal… en attendant de nouvelles aventures !

D’ici là, nous espérons bien vous revoir… pour vous remercier de vive voix de tout le soutien que vous nous avez apporté, et sans lequel ça n’aurait pas été pareil ! ❤️🙏🚴‍♂️🚴‍♀️🎉🎈🎇

Nous ne mesurons toujours pas ce que nous venons de vivre, ce que nous avons réalisé… le livre n’est pas fermé qu’un autre s’ouvre déjà… mais le temps nous aidera à mettre à jour notre bibliothèque de vie.

Prochainement seront publiés les derniers articles du blog ! Quand c’est fini, ce n’est pas fini 🙂

A bientôt !

Les grains2selles

20180331_122851

FRANCE

FRANCE !!

Peine croyable, nous avons franchi la frontière !
Petit moment d’hésitation, serions-nous assez fous pour rentrer ?
Et oui… retrouvons-nous sur le Canal du Midi, à Toulouse, Agen, où à l’arrivée à ARVERT DANS 3 SEMAINES
CANAL DU MIDI : de Narbonne à Agen du 12 au 24 mars
TOULOUSE : pique-nique au jardin des plantes à 12h le 17 mars
AGEN : soirée au Café Vélo à 19h30 le 23 mars
ARVERT : Pique nique à Mornac-sur-seudre le 30 mars / Arrivée au Piochet à 16h
IMG_7215

TASMANIE : son vent, son soleil, ses touristes et ses animaux morts…

Arrow
Arrow
PlayPause
ArrowArrow
Slider

Notre campervan vendu, nous revoilà donc d’authentiques cyclistes : non d’un diable, en avant pour la Tasmanie !

Je ne sais pas ce que ça vous évoque à vous, mais pour nous ce serait des images de nature sauvage, du vert, des forêts, des montagnes, des grands espaces sans personne, du froid ou de l’embrun. Et avec ces images naissait aussi une petite angoisse de reprendre le vélo, pas vrai Vivi ? C’est fou comment les sensations de voyage à vélo ne se perdent pas ; on dit que faire du vélo ça ne s’oublie pas et bien pour le voyage à vélo ça marche à peu près pareil, tout revient très vite au détail de la douche froide qui elle ne s’apprend jamais vraiment complètement. Faire ses sacoches, faire le plein de denrées sèches en prévision de ne pas trouver de bio facilement sur notre tracé, atteler la remorque, remettre les chaussures ou remplir les gourdes, c’est comme si nous reprenions le voyage à vélo là ou nous l’avions laissé. Ah oui, j’ai oublié de dire que nous avons des jambes de moineaux et comme on dit « ça risque de piquer… ». Nous faisons nos meilleures salutations à Suzanna. Elle nous accompagne jusqu’au ferry. C’est tout de même parfois un privilège immense d’être cycliste comme par exemple doubler toute la queue de voiture avec toutes les félicitations du staff : « good set up mates ! ». La traversée sur le « Spirit of Tasmania 2 » est un régal. Une mer calme et longue, des oiseaux, des méduses et même quelques dauphins venus nous saluer pour l’occasion.

IMG_6135

Nous voilà arrêtés sur un parking négociant le nombre de kilomètres à parcourir avant de poser le campement. « Si vous cherchez un endroit pour dormir, allez vous mettre derrière cette école, la rentrée scolaire est seulement la semaine prochaine… », nous lance une australienne en vacances-caravaning attendant le bateau pour l’Australie Mainland.

IMG_6680

Le vélo c’est dur quand on tape dedans, et la question du début revient alors en tête comme une obsession : « mais qu’est ce qu’on fou là… ». De bons dénivelés pour commencer et une odeur de charogne presque en continu ne feront qu’attiser ce questionnement. Et puis ce couple de trentenaires, surfs sur le toit, du New South Wales en van vient nous s’arrêter et nous félicite. L’échange nous remet en selle et voilà ti pas qu’un cycliste canadien nous double, lui aussi à cours d’eau. On le redouble dans la descente parce qu’on est plus lourd, il nous rere-double parce qu’on fait plus de pause que lui, on le rerere-double dans la côte parce qu’il faut dire qu’il a un bon petit bidou et on finit par le saluer parce que la faim nous creuse et qu’il est temps de casser la croûte.

IMG_6184

IMG_6694

Notre expérience nous aura montré que la Tasmanie en fait, c’est une canicule, un climat très sec (à cette époque de l’année et sur la côte est), une nature sèche, et ce n’est pas qu’un territoire vierge pour amoureux de nature sauvage. Ces dernières années, l’immobilier est en hausse vertigineuse et avec plus de 20% l’année passée ! C’est une bonne preuve de l’engouement que suscite l’île après avoir été un petit paradis calme et naturel. Il faut dire qu’on pédale dans le nord et l’est du territoire et que la partie ouest a l’air d’être mieux préservée. On se connecte pourtant à plusieurs reprises sur des militants et associations dénonçant tous les projets d’exploitation de la forêt ou de projets de mines. La pression immobilière amène aussi son lot de controverses et d’avidité.

IMG_6472

Au passage, nous serons presque contents de payer 27$ notre entrée pour 2 dans le parc national du Freycinet pour 24h. La seule façon de préserver semble le passage par le guichet obligatoire et la présence de Rangers pour être sûr que vous repartiez bien avec vos déchets et que vous marchez bien sur les sentiers. Autre controverse ici ce sont les élevages de saumons. « Je suis 80% pour et 20% contre » nous dira Konrad notre ange gardien nous ayant pris en stop pour échapper au « col de la mort ». Oui, c’est une manne d’emplois importante mais c’est aussi une destruction de l’environnement à terme, sans parler de la qualité du poisson produit. Du saumon bon marché veut aussi dire une alimentation désastreuse écologiquement et pour la santé ainsi qu’une surconcentration imposant l’utilisation d’antibiotiques et autres molécules de synthèse bien sympas. Cette équation (Environnement + Economie + Respect du vivant + Qualité de vie) semble une nouvelle fois de plus être insoluble. Mais au fait, pourrait-on produire moins de saumon et de meilleure qualité, permettant de préserver la santé des consommateurs et assurant des emplois ici ? Et bien oui, mais le consommateur devra la payer plus cher, ou bien … en acheter moins ? La solution nous semble pourtant s’imposer d’elle même… Ce n’est pas l’avis du parti libéral qui fait ici une campagne d’une agressivité qui nous laisse sans voix : « Le parti travailliste et les Verts pensent que vous êtes stupides. Qu’est ce qu’ils vont encore nous sortir ensuite? Ne les laissez pas vous dire ce que vous devez faire ! ». Outre les pancartes dans la rue, ce sont également des spots télé et des grands posters sur de nombreux portails de maison. On sent ici plus qu’ailleurs que les intérêts financiers sont très puissants et que la nature est aussi là pour que les investisseurs puissent se servir.

IMG_6485

On nous raconte que l’île a été un temps un bon candidat pour accueillir les juifs du monde entier et construire ici le projet sioniste. C’est assez fou de penser ce que ça aurait pu donner, économisant probablement bien des souffrances.

IMG_6517

Nous ferons sur ce grand territoire de magnifiques rencontres avec de « vrais personnages » (comme ils disent ici) ! Bruce et Clare, eux, ont acheté un petit lopin de terre il y a plus de 30 ans. Ils ont construit une ferme de maraichage bio livrant sur toute l’île. Ils emploient aujourd’hui 6 personnes et produisent des « vegies » et fleurs de qualité. Ils sont tous les 2 originaires de New-Zélande et nous racontent comment l’intégration a été incroyablement difficile. Merci pour cet accueil improvisé ! C’est aussi dans la ferme quasiment autosuffisante de Roger et Gaie que nous nous sentirons si bien. Animaux, légumes, miel, chauffage au bois, électricité du barrage ou eau de pluie, rien n’est laissé au hasard. « Plovers Barrow » est une ferme de famille que Roger a hérité de son père. Ils ont décidé avec Gaie d’être autosuffisant il y a 10 ans et ils s’en sortent plutôt pas mal. Ils doivent faire une course de sec par mois et vident leurs poubelles 2 fois par an ! « L’effet bénéfique quand tu es presque auto-suffisant c’est que tu n’as besoin de rien et donc que tu n’as pas besoin d’avoir de gros revenus ». Le principal des dépenses passe dans la voiture, internet ou du matériel qu’ils ne peuvent se fabriquer. Pour nous c’est un plaisir d’être avec ces personnes 100% disponibles et non préoccupées par leur activité professionnelle. Nous parlerons des heures durant et recevrons de nombreux conseils. Merci pour cet échange, cette générosité et cette énergie. Nous repartirons avec les papilles en extases et des sacoches remplies de légumes. Merci merci !

IMG_6217

IMG_6212

IMG_6308

Mais qu’est ce que c’est que ces pancartes « Biosecurity Zone, Trepasser will be persecuted » souvent accrochée à l’entrée des fermes ? Vu d’ici, effectivement ça ne motive pas à entrer, et c’est l’effet voulu ! La Tasmanie est encore un des rares endroit dans le monde à l’abri de certaines contaminations naturelles ou chimiques. Ils ont par exemple la chance de ne pas avoir de varois, le parasite des abeilles. C’est principalement pour cette raison qu’il est difficile de trouver du miel bio en Europe là ou ici c’est la norme. Mais jusqu’à quand ? Nous les premiers, nous n’imaginons pas qu’en amenant des roues de vélo sales ou en jetant une peau de banane nous pouvons contaminer et diffuser un champignon, un parasite ou tout autre petit animal nuisible. L’Australie ne rigole pas avec ça et nous les comprenons, la Tasmanie c’est le cran au dessus.

IMG_6370

Avez-vous une « mamie gâteaux » ? Et bien nous on a en une et elle s’appelle Mamie Mila (Ludmila). C’est ce genre de personne qui parle fort, vous rempli votre verre et votre assiette sans même que vous vous en rendiez compte et vous accueille chez elle les bras ouverts et le frigo aussi. Après l’enfer tasmanien, nous avons trouvé ici un petit paradis. Elle habite à Old Beach, une banlieue de Hobart dans une petite maison avec une vue incroyable sur la baie de la capitale tasmanienne. Nous nous sentons « comme de petits oisillons dans un nid ». Mamie Mila est d’origine polonaise et a peaufiné ses bons petits plats. Ici tout se fête et se célèbre à coup de shoots de vodka. Je ne me souvenais pas que nous ayons autant à fêter ! S’ajoute à cela des desserts crémeux à n’en plus finir et une cuisson au micro-ondes, on ne sait pas si notre estomac résistera longtemps ! Heureusement elle adore aussi les fruits. Impossible de lui donner un coup de main aux fourneaux, elle a à cœur de nous préparer chacun de nos repas végétariens, et nous sert comme des rois ! Incroyable générosité. Mais mamie Mila aime à jurer. Surtout quand elle a un peu trop bu. Elle trouve bien des choses et des gens stupides : « stupid phone » « stupid journalist » « stupid people » « stupid country » et même sa propre famille en prend pour son grade… elle a aussi une grande aversion pour les gens de couleur, et chaque jour nous avons le droit à ses « bloody asian people » « bloody chinese people ». Une personne de peau noire est évidement un Africain selon elle. Elle est persuadée qu’un jour les blancs se retrouveront à vivre dans des réserves et nous la sentons toute agitée. Il est parfois difficile de garder son calme. En discutant nous apprenons que Mila a dû fuir la Pologne avec son mari et ses deux enfants il y a plus de 35 ans, elle s’est retrouvée immigrée durant 2 années en Italie, et a eu une vie aussi remplie que difficile. Des mamies Mila nous en avons rencontré d’autres sur notre parcours… des personnes adorables, généreuses, le cœur sur la main, parce que nous avions la peau blanche. Est-ce que cette générosité a moins de valeur ? Est-ce que leur racisme en est moins grave ?

IMG_6830

Hobart c’est aussi son musée d’art moderne « Mona« . C’est un musée qui fait polémique ici et à l’international parce qu’avec ce qui est exposé, on se demande parfois si c’est vraiment de l’art. Cet Art a aussi une autre saveur quand on sait que le propriétaire est un homme d’affaire multimilliardaire et qui a fait ses débuts de fortune dans les paris et jeux. Les foules se ruent littéralement ici pour voir cette machine à faire des crottes, ce tatouage sur cet homme, ces moules de plâtre de sexe féminin, etc.

IMG_6870

Hobart marquera le point extrême sud de notre périple. C’est un peu un cap atteint, une étoile que l’on suit de nombreux mois et qu’on est tout surpris d’atteindre déjà. Nous avions prévu de faire la transition avec une retraite VIPASSANNA. Cela signifie « voir les choses telles qu’elles sont réellement ». C’est une des plus anciennes techniques de méditation de l’Inde. Elle a été enseignée en Inde il y a plus de 2500 ans comme un remède universel destiné à soigner les maux universels, un Art de Vivre. La technique de Méditation Vipassana est enseignée lors de cours résidentiels de 10 jours pendant lesquels les participants apprennent les bases de la méthode, et pratiquent suffisamment pour faire l’expérience de ses résultats bénéfiques. Le centre de Tasmanie est l’un des nombreux existant dans le monde consacré à la pratique. Il en existe un en France et quelques autres en Europe. Bon la méditation, nous savions déjà un peu à quoi nous attendre mais nous angoissions plutôt sur le « noble silence ». C’est l’interdiction de communiquer avec les autres étudiants, communication non verbale y compris : pas de contact des yeux ou pas de politesse. Extrait de mail à la sortie : « Les mots sont difficiles à trouver pour exprimer ce que nous avons expérimenté là-bas. C’est un peu à l’image de ces 2 dernières années, ce fut très intense, inattendu, incroyable, insupportable, parfois cela nous a poussé dans nos derniers retranchements et nous avons tous les deux fait un grand voyage intérieur et finalement relativement différent. Pour moi, l’absence de communication a été, contrairement à ce que je pensais avant, d’une grande aide. C’est par certains aspects difficile d’atterrir d’autant plus que la suite s’annonce haute en émotion ».

PNJ_1694

IMG_6777

La Tasmanie sonne pour nous la fin d’une phase de vie et c’est le moment de passer au chapitre d’après. Nous avons la tête entre les 2 continents, la tête dans les cartons et c’est un peu difficile d’être dans le moment présent. Pourtant qu’est-ce qu’il est difficile de réaliser ce que nous vivons, et ce qui nous attend ! Oui ce retour nous agite pas mal avec la ribambelle de questions qui va avec. Nous nous préparons à vivre un décalage sans trop savoir à quoi nous attendre. Nous savons que tout est impermanent et que nous aurons beaucoup changé. Nous savons que le ré-attelage posera son lot de questions et s’accompagnera de son cortège de sensations bonnes ou mauvaises.

Toujours est-il que de notre côté aussi l’excitation commence à monter : on rentre !

Les grains 2 selles remontent en selles !

Arrow
Arrow
PlayPause
ArrowArrow
Slider

Nous commençons l’année en beauté. Fanny vient nous rendre visite quelques jours dans notre ferme. Nous l’avions rencontré à Wondaï, elle faisait partie de la Spoon Team (cf. article août). Bien heureux de ces retrouvailles nous passerons du bon temps : visite de la petite station de Bright, promenades-safari, crapette, cuisine. Nous aurons la chance de voir une maman wombat et son petit, des « blacks wallabies », et des renards. Nous partagerons également de belles discussions. Fanny nous impressionne par sa maturité, son ouverture d’esprit, sa curiosité et son écoute. A seulement 21 ans, nous lui donnons facilement quelques printemps de plus. Voilà 6 mois qu’elle voyage seule en Australie. Plus d’une corde à son arc, elle rentre en France pour intégrer l’Armée de Terre et travailler sur les systèmes d’information géographique.

IMG_5295

Après 3 semaines dans « notre » ferme, il est temps pour nous de rendre les clés (que nous n’avons jamais eu, ici on ne ferme jamais) et de quitter chiens, chats, cochons, moutons et chevaux, ainsi que leurs adorables propriétaires. Nous prenons la route de Melbourne : il est temps de vendre notre van, et plusieurs futurs acheteurs nous attendent. A peine arrivés dans la banlieue Est, Penny trouve déjà de nouveaux propriétaires : Mellit et Sarah, un couple de breton. Nous ne pouvions rêver meilleurs acheteurs tant ils ont été parfaits. Tout se fera simplement et dans une belle ambiance. Ils nous inviteront même à diner et les échanges iront bons trains.

IMG_5339

Avant de leur donner les clés nous profiterons du van 10 jours de plus. Nous commencerons le rab par un week-end autour du fort Nepean. Nous irons ensuite visiter le bureau d’Etudes Trisled (www.trisled.com.au) où Benoît espère donner un coup de main durant la semaine. Ben Goodall a commencé cette production de vélo spéciaux il y a maintenant plus de 15 ans. Trisled est connu pour une vélomobile bas coût à monter soi-même en panneaux sandwich ou son « Rotovélo », une vélomobile en plastique, moulée par centrifugation comme un canoë ou des réservoirs d’eau beaucoup produits dans la région. Ben est surbooké et n’a pas vraiment le temps de m’initier à la construction de vélo spéciaux. Comme tous ces passionnés de l’extrême, il est souvent difficile de trouver plus de quelques heures dans leur emploi du temps : dommage ! L’atelier ressemble plus à un garage où de nombreux concepts de vélo tous plus incroyables les uns que les autres sont alignés sur les bords. Nous parlons transport en général, transport à vélo en particulier et comparons l’Europe et l’Australie. Nous arrivons tous les 2 à la conclusion que les vélos spéciaux sont une niche et qu’il n’est pas encore envisageable que tout le monde abandonne ne serait-ce que sa seconde voiture pour se mettre au vélo. Les bénéfices pour les cyclistes et pour la société seraient immenses, alors, nous gardons tous les 2 espoirs. Du coup la semaine de développement de vélo se transforme en une semaine studieuse à préparer notre retour. Chaque soir, nous posons le camion en bord de mer, et nous exclamons de cette chance. Chaque matin c’est un bonheur de se réveiller sur la plage, et de petit déjeuner « les pieds dans l’eau ».

IMG_5571

Devoirs terminés, nous passerons notre dernier week-end sur Philipp Island, à côté de French Island. L’idée est d’aller à la rencontre des plus petits manchots du monde. Ils ne mesurent qu’une petite quarantaine de centimètres et leur pelage est bleuté luisant. Mais ce que nous ne savions pas, c’est qu’il est possible de les observer tout près de Melbourne ! Nous ne regretterons pas notre escapade, l’île est magnifique et nous avons pu approcher les bébés manchots de vraiment près. Quel incroyable animal ! Ils se nourrissent de petits poissons, de calmars, et de krill pour lesquels ils voyagent et plongent la majorité de leur temps. Les pauvres juvéniles attendent donc toute la journée leurs parents, partis chasser dès le levé du soleil et jusqu’à la nuit tombée. Par chance ils peuvent être deux, mais pour ceux qui sont seuls, les journées semblent bien longues. A partir de 18h-19h, certains impatients sortent de leur nid et attendent le repas. Chaque couple creuse une cavité. Mais il y a de fortes inégalités dans les logements et si certains habitent des nids vu sur mer, d’autres se trouvent en bord de route.

IMG_5886

Comme d’habitude, le tourisme de masse viendra ternir l’atmosphère. L’île est très touristique grâce à la présence de ces manchots, et le seul endroit gratuit pour observer ces petites créatures sera bondé. Bien sûr nous sommes les premiers à jouer ce jeu. Mais nous ne partageons pas tous la même philosophie. Ici peu de touristes viennent découvrir ce qu’est un manchot. La plupart viennent seulement prendre des photos. Ils s’arrêtent quelques minutes, les regardent à travers leur écran de téléphone portable, hurlent de joie d’avoir le selfy du jour « so cuuuuute » oublient d’enlever le flash, et courent au nid suivant, toujours rivés derrière leur écran. Nous avions l’impression que les visiteurs en oubliaient qu’un manchot est avant tout un être vivant, et non un objet de muséum. Nous repartons écœurés, avec ce sentiment étrange de se sentir plus proche de manchots que de nos propres confrères, et ce dégoût qu’une fois de plus la nature n’est qu’un capital loisir et financier. Nous n’avons que peu parlé du tourisme de masse dans nos articles. Mais ce sujet à alimenter de nombreuses discussions. Nous reviendrons en France profondément choqués et tristes par le comportement de ce type de tourisme, dont nous ne sommes pas complètement étrangers nous-même. C’est à chaque fois une belle leçon de l’égocentrisme humain.

IMG_5925

Ces 10 derniers jours de voyage en van nous vaudront nos plus beaux bivouacs. La région sud-est de Melbourne est splendide. Nous nous installons en ville quelques jours dans le superbe appartement de Suzanne, notre warmshoweuse. Encore une fois, nous ne pouvions rêver mieux. Elle ira jusqu’à nous donner les clés de chez elle, et après 4 nuits nous deviendrons de parfaits colocataires. Planning chargé, nous ne passerons que deux soirées avec elle, mais ce fut un plaisir d’échanger sur le voyage à vélo (elle revient de 10 jours en Tasmanie) sur le féminisme, l’Australie, le couple… Son appartement croule sous les médailles : marathon, triathlon, et même iron man, ce petit bout de femme est une vraie machine ! Suzanne habite à 2 kilomètres de l’embarquement du « Spirit of Tasmania ». Elle nous escortera sur son bolide. De quoi finir en beauté cette rencontre. Elle a pour projet de tout quitter elle aussi pour partir voyager à vélo et vivre quelques années en Europe, avant de retrouver sa Nouvelle-Zélande natale. Rendez-vous en France Suzanne !

IMG_6115

A Melbourne nous retrouvons à nouveau Fanny, pour une après-midi de visite : Bibliothèque centrale, Cathédrale Saint-Paul, Galerie Nationale du Victoria et le traditionnel dernier étage du Sofitel pour la vue sur la ville. A 3 sur le tandem nous en ferons sourire plus d’un, nous compris. Nous y serons pendant l’Open d’Australie et profiterons des transats et écrans géants mis à disposition partout dans la ville pour l’occasion. Cette Capitale-Etat a comme Sydney les pieds dans l’eau. Les régates, les wind-surfeurs, et kite-surfers s’en donnent à cœur joie. Ce sont dans ces grandes villes qu’il est le plus facile de se doucher, car leurs plages disposent de douches fermées. Il se dit que c’est la ville la plus Européenne d’Australie et c’est vrai que nous retrouvons de vieilles pierres et un nombre incroyable de cafés. Les magnifiques églises peinent aujourd’hui à exister au milieu de ces buildings modernes. C’est un étrange mélange architecturale. Nous y arriverons en pleine canicule. Mais ici les variations de température sont peines croyables et vous passez de l’hiver à l’été en quelques heures ! Tout dépend d’où vient le vent : du désert, ou de l’Arctique ! Michael nous fera gentiment visiter l’Enterprize, son vieux gréement qui appelle au voyage en équipage. Responsable du projet et animateur d’un réseau de bénévoles, il fait vivre ce patrimoine maritime australien : chapeau ! Il nous parlera de la rencontre historique entre les bateaux d’exploration français et anglais à la fin du 18ième siècle aux portes de Melbourne. Ils se porteront en respect mutuellement là ou leur dirigeant leur exigeaient à l’époque le combat.

IMG_6061

Clés du camion rendues, nous voilà à nouveau cyclo-voyageurs ! C’est à la fois un pincement au cœur, un soulagement, de l’excitation, de l’appréhension et une grande fierté. Le 26 janvier nous embarquons sur le ferry avec ce sentiment de quitter l’Australie. Quel incroyable voyage aurons-nous fait en terres australes. A se remettre en selles, nous aurons la vague impression que cette expérience en camion n’aura été qu’une parenthèse, un claquement de doigt, un doux rêve… et pourtant, nous ne sommes pas près d’oublier ces 8 mois. Ils nous marqueront bien plus que nous ne l’imaginions.

IMG_5769

Nous naviguerons le jour de l’Australia Day (Fête Nationale) ! « Ah … c’est donc pour ça que les billets étaient si peu chers! « . La date commémore l’anniversaire de la création de la colonie britannique sur le sol australien. C’est en 1788, sur les terres de l’actuelle ville de Sydney, que le capitaine Arthur Phillip vint planter le drapeau de la couronne britannique. Autrement dit, ils fêtent l’invasion des colons et le début de la fin pour les Aborigènes. Jour férié, il est de tradition de se retrouver entre amis ou en famille autour d’un barbecue. C’est une fête très démonstrative et très animées dans les rues. Cependant, celle-ci est de plus en plus controversée et il n’est pas bon partout de sortir son drapeau national. Ainsi, des manifestations parallèles ont été organisées depuis les années 90 afin de protester. D’autres noms sont alors donnés à ce jour, tels que Invasion Day (le jour de l’Invasion) et le jour de la survie. Des propositions ont été faites pour modifier la date, mais celles-ci n’ont pas abouti. En août 2017, trois conseils municipaux de Melbourne votent pour un changement de date. La ville d’Hobart apporte également son soutien à ce mouvement. Début 2018, le leader des Verts, annoncent que son parti ferait dorénavant campagne pour changer cette date. Le chemin est encore long mais les consciences semblent se réveiller.

IMG_6085

Les australiens nous manqueront, entre autre parce que :

  • Ici, au supermarché, le personnel de caisse vous dit « bonjour, comment vas-tu ? » avec le sourire. Et ça marche dans les deux sens ! Fanny se mettra aux coutumes locales et nous étonnera par ses « salut mon pote, ça va ? ». Il arrive même que la personne vous appelle « darling » ou encore « honey ». Nous, nous ne nous y ferons pas… mais nous amusons à imaginer ce que ça pourrait donner en France.
  • Curieux et chaleureux, ils sont polis, souriants, et respectueux
  • La simplicité administrative (excepté pour l’obtention des visas et titres permanents)
  • La jolie cohabitation entre les divers styles de vie
  • L’incroyable sentiment de sécurité (pas de portique dans les supermarchés, vous pouvez laisser vos voitures et maisons ouvertes, personne ne viendra chiper votre pull oublié sur la plage…)
  • Leur politiquement correcte (qui peut aussi pesé sur le long terme, mais à court terme, c’est quand même chouette. Personne ne viendra émettre son avis ou vous faire une réflexion sur votre coupe de cheveux, votre régime alimentaire, votre nouveau tatouage, votre épilation, votre façon de vous habiller, votre absence de chaussure etc. Quand aux sujets épineux comme la politique par exemple, il est possible d’échanger des points vus forts différents sans jamais lever le ton ou perdre le sourire.)
  • Leur audace (sûrement en partie lié à l’absence direct de jugement, les australiens, et sûrement anglo-saxon, ont une capacité à oser qui nous émerveillera. Lancer son business, recommencer si on a échoué, chanter dans la rue, organiser un événement, ils ne semblent avoir peur de rien !)
  • Le climat
  • La nature (animaux, vie sauvage)
  • Les avocats (et autres fruits locaux)
  • Leurs toilettes publics toujours propres, avec du papier et très nombreux
  • Les barbecue en libre accès
  • Et tellement d’autres choses…

Mais tout ne nous manquera pas, tel que :

  • Les voitures qui restent stationnées sans couper le moteur
  • La nourriture bio est rare et extrêmement chère
  • Le respect strict des règles (pas facile pour les français)
  • Le tri sélectif trop peu courant
  • Leur « tout business » (tout est occasion de faire du fric)
  • Leur racisme affiché
  • Leur politique ultra libérale et protectionnisme (ici pas de problématique de migrants puisqu’ils n’en accueillent quasiment pas)
  • Les distances
  • L’absence de culture architecturale, culinaire…
  • Le tout voiture et l’absence de respect envers les cyclistes
  • Leur télé (ici, il y a des publicités toutes les 10 minutes (!), les images sont beaucoup plus rapides et les messages ne sont pas subliminaux. Tout est permis aux informations, y compris les images les plus gores et les plus violentes. Ils ne diffusent essentiellement que des programmes de divertissement. Bref, leur télé nous a donné mal à la tête !)

Non d’un diable, en avant pour la Tasmanie !

IMG_5652

ROAD TRIP 3 : Entre retrouvailles et découvertes

Avec quelques photos. Désolé de l’oublie !
Arrow
Arrow
PlayPause
ArrowArrow
Slider
 IMG_4982

Lismore : première étape de ce dernier road trip. Nous rendons visite à Jo. Rencontrée au « Wild Space » lors de notre workshop (cf. article Byron Shire), Jo est ce genre d’héroïne que nous pensions exister que dans les livres. Il y a de cela deux ans environ, Jo a décidé d’arrêter d’utiliser de l’argent. Oui, Jo fait parti de ces rares personnes dans le monde qui vivent sans argent. Nous avions lu le livre de Daniel Suelo mais jamais nous pensions avoir la chance un jour de rencontrer ce genre de personnage vivant pleinement ses idéaux. Bien sûr, notre petite voix mesquine dans notre tête n’a cessé de se faire entendre pour la titiller avec des questions du genre : « n’as-tu pas l’impression de profiter du système ? » « penses-tu que ce soit viable si tout le monde se mettait à vivre comme toi ? » « n’es-tu pas dépendante des autres ? »… bref, toutes ces remarques qui montrent que son engagement dérange, parce qu’il fait échos en nous à certaines choses que nous ferions mieux de régler plutôt que de lui chercher des poux. Son choix de vie est juste exemplaire. A chacune de nos questions, elle a su répondre, avec bienveillance, et parfois larmes aux yeux. Son engagement se vit au quotidien et dans la durée. Ses convictions écologiques, humanistes, mais surtout son rôle de mère, l’ont amené à changer radicalement sa manière de vivre. Années après années, ses efforts ne lui semblaient plus à la mesure des enjeux planétaires. Pour elle, malgré tous les sacrifices qu’elle a dû faire, et qu’elle fait encore aujourd’hui, c’est le moyen qu’elle a trouvé pour vivre en accord avec ses valeurs, et son moi profond. Pour lutter contre le système, il est selon elle plus facile d’abandonner l’usage de l’argent. Jo vit dans une roulotte, cuisine au rocket stove, fait du troc, récupère dans les poubelles, se déplace à vélo ou en stop, n’utilise que l’essentiel… c’est chaque jour une aventure, un défi, une liberté, de nouvelles contraintes à apprivoiser. Jo a la cinquantaine. Elle est soutenue par ses parents et sa fille. Elle tient un blog (https://jolowimpact.wordpress.com/). Elle a aujourd’hui des fans qui lui donnent parfois bien plus que ce dont elle a besoin. Elle nous partage « j’ai une vie plus simple et plus remplie qu’avant. Je ne suis plus dans le superflu, je touche l’essentiel« . Cette étape chez elle marquera notre voyage. Nous nous sentirons bien petits face à cette grande dame du monde alternatif.

IMG_4128

Notre route vers Sydney est l’occasion de poursuivre notre récolte de coquillage incroyable, de faire des gazouillis aux kangourous.

Nous passerons une journée à crapahuter dans les Blue Mountains, l’un des sites les plus visités en Australie et c’est vrai que c’est « beautiful ». Chaîne de montagnes de grès, c’est un terrain de jeu illimité, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elles doivent leur nom aux émanations de la forêt d’Eucalyptus qui les recouvrent. Three Sister, Grand Canyon… nous nous en mettrons pleins les sens.

IMG_4387

A Sydney nous retrouvons Akina, une japonaise qui avait partagé notre Workaway à Crystal Water (cf. article septembre). Le temps d’un pique nique, elle nous fait découvrir son quartier et sa plage (Coogee beach). La ville abriterait plus de 200 plages et autres criques plus belles les une que les autres. Nous en resterons bouche bée. Imaginez venir surfer avant ou après le boulot, boire son café en costard cravate les pieds dans l’eau, faire sa zumba sur la plage… bref, rien à voir avec nos bords de Seine. Sydney est le parfait symbole du « life style » à l’australienne. Difficile de les prendre au sérieux avec un cadre de vie et de travail aussi paradisiaque dans la plus grosse ville du pays (5 millions d’habitants). Imaginez Londres ou Paris à la place de Biarritz… Bienvenue au paradis citadin ! Bon bien sûr, Sydney c’est aussi une banlieue qui fait « pétez les plombs » à tout automobiliste qui se respecte, c’est une ville si étendue qu’on peine à se croire encore à Sydney (est ce que vraiment Palm Beach fait partie de Sydney ?), c’est sa City avec ses buildings, et c’est surtout son splendide Opéra qui est à la hauteur de sa réputation (Il est quand même recouvert de carrelage…). Nous arriverons plus que facilement à nous garer à Coogee Beach et même à y passer la nuit, avec douche gratuite dans les toilettes publiques. Nous visiterons la ville à vélo, fichtre que c’est vallonnée Sydney !

IMG_4528IMG_4612

Le lendemain nous retrouverons Juli du « Wild Space » (cf. article Byron Shire). Elle nous fait visiter l’incroyable école privée Kinma dans laquelle elle a travaillé ces dernières années. Cette école expérimentale encourage les enfants à penser par eux-mêmes, à développer la coopération et toute sorte de compétences peu classiques en primaire. Et ce dans un environnement non compétitif et qui respecte l’individualité de ses membres. Laïque, mixte et à but non lucratif, Kinma veut montrer la voie de l’enseignement centré sur l’enfant où professeurs, parents et élèves partagent les décisions sur le programme éducatif. Ce programme prend en compte la compréhension du développement de l’enfant. Quatre jeunes filles nous feront une visite guidée et nous serons impressionnés par leur bagout. C’est l’école dont tout enfant rêverait: elle est en pleine nature, le décor est coloré et créatif, le personnel nombreux, à l’écoute, et bienveillant. Les cours sont variés, les espaces d’apprentissage diversifiés et les tous petits jouent au milieu des poules dans leur jardin de récréation.
Malheureusement, avec l’absence de mixité sociale et culturelle pourtant voulu au départ, cette école aurait tendance à reproduire les classes sociales. Autrement dit, aussi géniale soit-elle, cette école expérimentale est devenu une école de riche, pour les riches, un cercle fermé qui n’éveillerait pas beaucoup plus les consciences. http://www.kinma.nsw.edu.au/index.php

Juli nous mettra en contact avec Andrew, un australien qui vit sur l’île de Scotland Island (nord de la ville) et qui depuis une vingtaine d’année, participe à la régate hebdomadaire du mercredi soir. Génial, nous sommes mercredi ! Nous voilà à bord de Response, pour une course regroupant une soixantaine de bateau. Est-il utile de mentionner que Benoît est aux anges ? Nous arriverons 9ème au classement réel (sans handicap) et il va s’en dire qu’ils ont eu de la chance de m’avoir en équipière sur leur avion de chasse… (Pour prendre les photos.) David, le second, nous prend d’amitié et nous invite dans sa maison de famille, à Palm Beach. Et voilà comment finir une incroyable journée en terrasse, à siroter un verre de vin blanc, vue sur l’Océan Pacifique. Merci, merci. En rencontrant la bonne personne, une seule et unique personne, l’effet boule de neige magique du voyage se déroule tout seul, et nous n’avons plus qu’à sauter sur les belles occasions offertes sur des plateaux d’argent.

PNJ_1605

Nous quittons déjà Sydney, il nous faut avancer. L’étape vaut le coup, mais la ville reste la ville et nous nous sentons plutôt ras des champs. Nous passons une nuit chez Bernd et Marit, deux allemands expatriés en Australie depuis une trentaine d’années. Nous les avions rencontré à Litchfield National Parc, au sud de Darwin. Ils nous avaient gentiment proposé de passer voir leur petite ferme si nous roulions dans le coin. L’invitation n’était pas tombée dans l’oreille de sourds. Nous passerons une super soirée à refaire le monde et échanger nos points de vue. Nous nous retrouvons sur les questions écologiques, mais les médecines alternatives ne semblent pas de leur goût. Bernd et Marit ont souhaité quitté leurs racines, car ils n’envisageaient pas d’élever leurs enfants dans cette vieille Europe polluée (pluies acides & co) et « nucléairement » dangereuse (Tchernobyl). « C’est très bien d’avoir des convictions, mais vous savez, la vie nous montre que parfois la réalité de l’existence rattrape l’Utopie et la dépasse souvent…! « 

IMG_4242IMG_4783

Nous partons à la recherche des Wombats ! C’est un mélange de marmotte et d’ourson, de la même famille que le Koala. Au free camp, dans la Kangarou Valley, il est possible d’en voir très facilement. A la nuit tombée, ils sortent de leur terrier, et viennent brouter le gazon, ou se gratter le dos au parc choc du camion. Leur ouïe et leurs yeux ne seraient pas des plus développés. Mais leur odorat si. Assez craintifs, ici, ils sont habitués à tortiller des fesses au milieu des caravanes, et viennent jusqu’à nous. Ils n’ont pas peur de nous frôler. Mais ces pauvres peluches vivantes ont la galle. Il ne faut donc pas les approcher de trop prêt… comme tout animal sauvage de toute façon. A croire que je ne le savais pas encore, je me ferai gentiment sermonnée par un gardien. Mon égo en prendra un coup. Comme quoi ça arrive même aux meilleures ! Décidément, l’Australie abrite vraiment des créatures sorties tout droit de dessins animés.

IMG_4969

Nous passerons un week-end à Canberra, la Capitale. Cette ville aussi semble une vaste blague à l’australienne. Le site a été choisi comme capitale en 1908, comme compromis entre les deux villes rivales de Sydney et Melbourne. On peut tout de même dire que Melbourne a perdu (elle se situe à moins de 300 kms de Sydney). Nous aurions pu choisir de continuer par la côte est, mais nous voulions voir cette drôle de capitale et profiter de ses musés gratuits (nous recommandons la visite du Parlement, du National Museum et le site d’observation spatial de la Nasa). Ville verte, de petite étendue, elle ressemble à tout sauf … à une capitale. Pour dire vrai elle est faite de quelques bâtiments administratifs et de beaucoup de rien. On notera de grandes avenues et un immense lac en son centre où les activités nautiques s’en donnent à cœur joie. Le gouvernement est le principal employeur, mais la plupart des parlementaires ne vivent pas sur place. La population serait de 400 000 habitants mais nous les cherchons encore ! Ce qui nous marquera surtout, c’est l’ambassade officieuse des Aborigènes. C’est un campement installé en face de l’ancien parlement. Il nous fait penser à une ZAD (Zone A Défendre). C’est l’occasion d’échanger avec des militants qui espèrent un jour retrouver leurs terres volées et leur culture détruite. Extrait de correspondance sur notre expérience australienne : « Nous vivons ici comme si nous venions d’atterrir sur Mars. Nous sommes transportés par la nature si différente, si sauvage, si belle. Des insectes, aux oiseaux, des mammifères aux poissons : tout est si particulier. Nous traversons ces espaces qui dépassent l’entendement. Ce sont des milliers de kilomètres sans présence humaine, où la nature sauvage règne en maître : le bush ! Nous arrivons sur la côte Est et découvrons la « RainForest », la forêt tropicale vestige d’un temps difficile à concevoir. Chaque animal observé mériterait à lui seul des pages et des pages pour expliquer ce que nous voyons. C’est dans ce contexte que nous nous connectons à la culture Rainbow puis à la culture aborigène. Et là, bienvenue dans un nouvel univers. Les aborigènes d’Australie sont aujourd’hui dans une situation peu agréable, n’ayant jamais signé aucun traité avec les envahisseurs anglais. Ils considèrent toujours être assiégés par des étrangers qui leur ont apporté la faim, la guerre, la souffrance et le travail. Leur connexion avec la nature est interpellant. C’est évidement un lieu où la magie prend place et où il est impossible de rester indifférent. Les aborigènes croient que l’existence d’une âme ne s’arrête pas au corps physique mais qu’elle existe avant et après. Ils vivent en communion avec tous ces esprits et savent communiquer avec eux. Quand on connait la situation catastrophique de ce peuple aujourd’hui ravagé par l’alcoolisme et la violence il est impossible de poursuivre son chemin sans garder dans son cœur une profonde amertume et injustice. Cette culture vieille de plus de 32 000 ans a tout simplement été vandalisée et exterminée en l’espace d’un siècle dans une sauvagerie et une incompréhension mutuelle qui fait froid dans le dos. Nous avons ressenti de la honte et de la colère. La société australienne est aujourd’hui cette schizophrénie d’une culture plus ancienne que tout ce qui existe sur cette Terre et d’un « progrès » cherchant à maximiser les profits. La tension est palpable et la réconciliation reste la dernière possibilité. »

IMG_5055

A nous les Alpines Mountains ! Elles ressemblent plutôt à nos Pyrénées (prétentieux ces australiens). Le décor est splendide et nous sommes bien heureux de retrouver les montagnes (surtout en campervan). Nous avons peine à imaginer les versants sous la neige, et pourtant, les stations de ski apparaissent au gré de l’altitude. Nous bivouaquerons face au Mont Kosciuszko, le sommet le plus haut du pays (2 228 m) et finirons même par voir des névés ! Cette chaîne montagneuse s’étend sur 3 États et comportent de nombreux parcs nationaux. D’immenses incendies (parmi les plus grands que le pays ait connu) en 2006-2007, ont recouvert les monts d’arbres morts. Ceci rend le décor très particulier : à la fois glauque et merveilleux. On croirait même au loin que les crêtes sont saupoudrées de neige.

IMG_5217

Heureux propriétaires d’une ferme d’une vingtaine d’hectares, nous cohabitons désormais avec chiens, chats, chevaux, moutons et cochons pour les fêtes de fin d’année. Contre nourriture et soins deux fois par jour, nous disposons gratuitement de la maison. Nous voilà maître à bord pendant que les vrais propriétaires (adorables et à l’accueil plus que chaleureux) partent fêter Noël en famille sur la côte. Ils appellent ça du house sitting (ou farm sitting dans notre cas). Assez répandu à travers le monde, nous sommes fan du concept. L’occasion pour nous de poser, pour la première fois depuis 20 mois, nos bagages, pendant 3 semaines, dans un « chez nous ». Une longue « todolist » nous attend pour rattraper notre retard (articles, films, mails) et préparer la suite du voyage (Melbourne, vente du camion, départ en Tasmanie, retour en France). Mais c’est surtout des vacances à la campagne que nous vivons !

20171225_080409

Nous fêterons Noël tous les deux, avant d’entamer pour 5 jours une détox. Une quoi ? Pendant qu’une bonne partie de l’humanité se goinfre nous avons fait le choix de tenter de découvrir ce que le mot « faim » voulait dire. Notre organisme aurait régulièrement besoin d’une « pause » pour se régénérer. En puisant dans ses réserves, il va effectuer un nettoyage profond. Cette expérience était pour nous importante et tellement évidente pour les gens que nous côtoyons ces derniers temps. Mais pour vivre ce genre de diète nous nous rendons rapidement compte qu’il vaut mieux avoir un mental d’acier, ou, comme nous, s’isoler et se tenir loin des tentations. Chaque matin et midi nous avalions nos jus de légumes/fruits et le soir, nous nous faisions nos bouillons de légumes. Le but était de n’avaler que le jus, sans pulpe ni morceaux. Nous complétions « nos menus » de boisson à base d’argile, de fibres ou de Moringa. Nous avions été coachés par Estelle (cf. article Byron Shire) qui en a déjà fait et a travaillé dans ce domaine. Elle nous avait prévenu. Les 3ème et 4ème jours seront les plus difficiles pour moi. Benoît souffrira davantage de la faim mais restera en meilleure forme. Par contre, le 5ème jour c’est l’extase. Nous nous sentons légers, dynamiques, pétillants. Nous ferons même chauffer le Tandem !

Malgré cet isolement, à 90 kms du premier super marché, et dans un village de 300 habitants, nous n’avons pu refuser la proposition d’Emma, la fille des propriétaires. Nous voilà invités à la soirée du Nouvel an au Pub de Swift Creek. A la vue alléchante du menu turque et avec une invitation aussi sympathique, ça aurait été de l’ordre de l’héroïsme (ou de la bêtise) de refuser. Après une nuit de mature réflexion à rêver d’oignons confits, de tagines, et autres poivrons grillés, nous avons donc dit OUI. Ce fut une expérience interculturelle aussi inattendue qu’intéressante. Nous nous attendions à une rencontre des habitants du country australien, mais ce n’était pas vraiment ce que nous avions imaginé. Notre voisin d’en face aura un accent très difficile à comprendre. Quand il apprendra notre façon de voyager il nous dira « it’s so stupid » ! Hum… de quoi, d’être venu en Australie à vélo ? A 21H, le repas était plié, et le concert de rock ne poussait pas vraiment au déhanchement. A 22h30, nous nous retrouvons malgré nous à faire du baby sitting. Nous voilà seuls face à 6 petits garçons, dont nous ne connaissons pas les prénoms et qui n’ont pas l’air de bien savoir pourquoi nous sommes là. Au bout de 30 min, 5 des 6 bambins sont en larmes, et appellent leurs mamans. Bon, mais c’est bien pour ça que nous voyageons non ? Pour ce genre de choc interculturel ! Ouf, juste avant minuit, nous voilà rentrer au calme dans notre ferme, un peu sonnés par ce drôle de réveillon.

IMG_5074

Allez zou, 2017 c’est du passé, une nouvelle année commence, celle qui annonce notre retour en France. Bonne Année et Meilleurs Vœux !

BYRON SHIRE : son charme, son projet

Arrow
Arrow
PlayPause
ArrowArrow
Slider

Le Byron Shire, est un lieu à part en Australie. Notre banquière à Darwin nous avait prévenu « tout le monde rêve d’habiter Byron Bay ». Il est situé sur la pointe la plus à l’Est de l’Australie et sur les contreforts du vieux volcan Wollumbin (rebaptisé « Mt Warning » par les anglais). C’est fou comment ce au lieu de la culture aborigène a été dévoyé en renommant simplement ce sommet symbolique. C’est le capitaine Cook qui avait proposé ce nom comme un avertissement pour les marins qui le verraient en amer depuis l’océan. Ou alors c’est une prophétie qui annonce, comme beaucoup le croient ici, que ce lieu va être la source de quelque chose d’autre ? Comme un avertissement pour cette société de progrès et d’argent qui détruit et transforme nos cœurs en pierre. Et nous le comprendrons qu’après plusieurs semaines à vivre dans cette bulle. Le Byron Shire, c’est plusieurs villages étalés autour de Byron Bay. Dans les années 70, les hippies des villes cherchaient des terres peu couteuses pour vivre leur idéal de vie. 40 ans plus tard, la troisième génération continue à poursuivre ce rêve, ou pour parti.

Byron Bay n’a pas résisté à la capitalisation immobilière, ni au tourisme. Des hordes de backpackers sillonnent la ville et la plage à la recherche d’endroits authentiques. Le monde du surf et sa revers de médaille (culture de l’apparence, mode et marques mythiques à 80$ le tee-shirt, pub et bar branchés…) ont investi les lieux et légèrement dépossédé le monde hippie. Des touristes viennent apprendre à surfer sur une des vagues les plus longues du monde. Quelques descendants des hippies opportunistes vendent des attrapeurs de rêves, des peintures, et toutes sortes d’objets de la culture Rainbow dans une appétence qui nous a fait vomir. Bref, nous sommes sûrement un peu rude dans nos propos, mais ce que nous avons préféré, c’est l’incroyable street art !

20171108_151623

Byron Bay est devenu aujourd’hui une marque, une ville à visiter et non un lieu pour vivre : dommage, et nous ne sommes pas les seuls à le déplorer. En revanche, elle reste un symbole, un mythe, que l’arrière pays poursuit tant bien que mal en expérimentant et proposant une autre façon de vivre : oui rien que ça ! Et si on décidait collectivement d’améliorer notre qualité de vie en produisant notre nourriture localement, bio, de saison ? Si on décidait de créer des écoles pour apprendre à nos enfants à penser par eux-mêmes et les protéger de cette société de consommation destructrice si facile à intégrer et si difficile à quitter ? Pourquoi ne pas revoir la santé, les transports et même le système monétaire qui nous contraint à supporter nos banques et à être taxé pour réaliser des projets qui apporte l’inégalité, la destruction de la nature et au final la guerre ?

C’est un vrai projet de société que porte cette petite bulle australienne. On parle ici de l’effet « Byron ». C’est arriver pour visiter et ne jamais en repartir. C’est très courant et on le comprend parfaitement, comme si on vivait ici un rêve. Cela ne se fait pas sans heurs, sans problèmes, sans réflexions de fond, sans spiritualité et sans remise en question. Pour certain, c’est même trop et il n’est pas rare de repartir après quelques années parce que c’est trop exigent. Il faut dire aussi que la nature est vraiment prenante ici. Nous revoilà dans la rain forest, et aussi belle soit-elle, sa puissance et ses animaux peu adorés (sangsue notamment), éprouvent.

Nous verrons à Mullumbimby un collectif de parents s’organisant pour faire l’école à leur enfants et décidant des programmes par la Sociocratie. Rappelons tout de même que la scolarité en Australie est payante et l’éducation obligatoire. On verra aussi en ville un lieu de médication surprenant : une pharmacie où les patients peuvent recevoir gratuitement des conseils avant de repartir en quelques minutes avec des médicaments confectionnés qu’à base de plantes. Les naturopathes animant le lieu sont tous diplômés et reconnus, avec des spécialités différentes et complémentaires pouvant proposer une consultation aux patients. Ici (en Australie) les cabinets de naturopathie (et de médecines alternatives) sont nombreux, présents même dans les petits villages. Leur formation est bien différente de celle proposée en France. C’est 4 années d’étude et à l’université ou dans des écoles privées.

Les exemples sont si nombreux qu’on ne pourra tous les raconter, il faut venir les vivre ! Ce sera pour nous un immense message d’espoir : oui nous pouvons changer ce monde, certain vivent déjà dans l’alternative et ça marche ! Ce que ne dit pas l’Histoire c’est le bonheur, la joie de vivre et l’enthousiasme qui règne ici. Les gens ont peu d’argent mais sont d’une richesse incroyable : ils vous souri dans la rue, prennent le temps et se font plaisir. Alors pourquoi continuer à souffrir ?

Patrick, Estelle et Tao

IMG_3902

Virginie me parlait depuis de nombreuses années des photos de Patrick. Nous rigolions de poursuivre en Australie depuis le premier jour de voyage. C’est par ici que nous devions passer, c’est clair maintenant. Patrick fait parti de la même bande de copain que Kuba Alex, notre ami moine bouddhiste en Thaïlande. Nous comprenons rapidement que lui aussi à sa manière a décidé un jour de tout quitter pour essayer d’être un peu plus heureux, pour essayer de donner un sens à sa vie. Ces parcours de vie font sens et ont tous la même origine, une envie de sortir de la boîte qu’on nous propose. C’est du courage de partir, mais pour nous c’est encore plus difficile de rester, alors qu’on ne supporte plus ce qu’on nous impose. Ce sont de longs chemins, parfois escarpés mais le résultat est transcendant.

Patrick a fait sa vie avec Estelle et ils ont accueilli un petit Tao l’année passée. Ils ont un mode de vie très ancré dans le moment présent. « J’aime vivre tous les jours comme si nous étions en vacances, faire ce qu’on aime et donc ne pas avoir besoin de faire de break ». Patrick est ingénieur télécom de formation et il a découvert ici sa vocation pour le massage Zen Thaï Shiatsu. C’est une technique de massage qui possède de nombreuses vertus, dont celles d’apaiser, de relaxer ou encore de revitaliser. Lié à la médecine chinoise, nous retrouvons avec joie les quelques principes appris auprès d’Abel en Chine un an auparavant. Patrick fait du massage sur mesure, sur les marchés ou à la maison, 4 jours sur 7, pour équilibrer vie pro et vie perso. « Mettre mon énergie exactement dans ce qu’on veut promouvoir ». Voilà ce qui l’a poussé à être masseur. Il ne trouvait plus de sens à développer des intelligences virtuelles, sa spécialité quand il était encore en France.

IMG_3837

Estelle, elle, s’est installée en Australie il y a une dizaine d’années. Après avoir travaillé dans un magasin bio à Melbourne, elle s’est, en parallèle de petits jobs, formée à l’aromathérapie. C’est une approche de soin, assez complexe, dont les essences aromatiques des plantes constituent la base. Autrement dit, c’est une thérapie centrée sur les huiles essentielles. De vraies merveilles, elles sont antiseptiques, on peut s’en servir pour l’hygiène des espaces intérieurs, en soins esthétiques, pour la détente. On leur prête aussi une action bienfaisante sur le plan psychologique et pour contrer l’anxiété. Estelle a, pendant quelques années, proposé des massages. Aujourd’hui elle confectionne des baumes de massage et parfums, thérapeutiques donc. Son souhait à terme serait de créer des produits personnalisés. Une personne, un parfum. Ne serait-ce pas une révolution du monde de la parfumerie ? Produits uniquement naturels et organique, fait à base d’huile végétale, de cire d’abeille, d’huiles essentielles, et de petits cristaux, créés par ses soins, ils ont pour but, via les effets spécifiques des nombreuses et diverses huiles essentielles, d’apporter à la personne qui le porte ce dont elle a besoin. Exemple :parfum relaxant, parfum dynamisant etc…

20171230_095216

Tous deux expliquent admirablement bien comment nous sommes tous responsable de la circulation d’énergie dans notre société. Si nous voulons une agriculture responsable, il est alors de notre devoir d’aider les petit paysans et producteur Bio et d’arrêter d’acheter des produits de grande consommation bourrés de pesticides. « Quand tu repenses chaque action de ta vie en prenant conscience des conséquences de tes actes, tu te sens infiniment responsable et tu récupères ton pouvoir… »

Patrick et Estelle font parti d’un collectif pour construire ensemble un habitat partagé. Le projet se déroule sur plusieurs années et chaque décision est prise sur un mode de décision communautaire : la Sociocratie (mode de gouvernance qui permet à une organisation, quelle que soit sa taille — d’une famille à un pays —, de fonctionner efficacement sans structure de pouvoir centralisée selon un mode auto-organisé et de prise de décision distribuée.). Nous voyons combien ils basent leur développement personnel comme l’outil nécessaire pour vivre heureux et conscients. Patrick fait d’ailleurs parti d’un cercle de parole d’Homme où il m’a amené. Un liant social, rien que pour les hommes, pour les aider à être mieux dans leur vie (décharge émotionnelle, écoute, entre-aide, construction personnelle, bienveillance etc.) Ces cercles se développeraient de plus en plus dans ce pays où le taux de suicide des hommes serait anormalement élevé. Et chez nous, est-ce que ça existe ?

Enfin, Patrick et Estelle n’hésitent pas à nous partager leur expérience de jeunes parents. Ils ont organisé leur vie de manière à être présents et disponibles au quotidien pour Tao. Nous sommes impressionnés de l’énergie et du temps qu’ils consacrent à leur petite tête blonde, et on peut dire qu’il le leur rend bien. C’est beau à voir car ça rend tout le monde heureux. Ici c’est courant de voir les mamans être à temps plein pour leur bambin durant leurs premières années de vie, de voir l’allaitement s’allonger bien au delà de la première année, d’essayer une vie sans couche, etc. Et ça n’en fait pas moins des femmes épanouies, accomplies et féministes ! C’est un vrai choix. Pas toujours facile, exigeant, qui demande de nombreux compris, de la patience, de l’abnégation, mais pour elles, c’est le chemin le plus beau pour être mère et pour donner à l’enfant ce dont il a besoin. L’alternative ici ça se passe aussi – et peut-être même surtout – au niveau de l’accompagnement des tous petits. Ils expriment aussi combien c’est important pour eux de profiter de Tao pour recommencer leur construction personnelle. « C’est une occasion unique de redécouvrir le monde avec de nouveaux yeux ». Mais comment fait-on quand on a une activité professionnelle trop prenante ? Moi j’aurais peur de passer à coté…

IMG_3917

Juli et le projet « Wild Space »

C’est dans une ancienne école Steiner que ce projet a éclot. Juli et sa jeune équipe commence à Mullumbimby un des ces projets qui ne peuvent qu’inspirer. L’idée est de créer un lieu de rencontre et de formation : mixité sociale et développement personnel ! Ouvrir nos esprits, enrichir nos cœurs et engager nos corps… Notre première impression c’est « home sweet home ! » Juli nous met super à l’aise et nous propose de venir à un workshop de reconnexion : « Un workshop expérimental pour essayer de mieux se connaître, et de nourrir notre force intérieure quand on lutte pour changer ce monde troublé. Une variété d’espaces sont créés à Mullumbimby et au delà pour t’aider à explorer tes choix de rôle dans le GRAND TOURNANT, le changement d’une société industriel de croissance vers une expérience de vie soutenable en société… ». Nous ferons ce workshop, nous viendrons à un cercle de parole de reconnexion, nous ferons une marche dans le bush et nous présenterons quelques-une de nos vidéos et répondrons à des questions.

20171106_093453

Cet espace est un forum vivant pour échanger des idées et faire que ce « grand tournant » arrive. C’est un lieu où je me suis senti vivant ! C’est un espace de création ou chacun à sa place. Espace innovant et ouvert sur le monde : activisme, militantisme et responsabilité. La qualité des activités ou rencontres proposée est extraordinaire et ce par la qualité des participants et le cœur avec lequel ils veulent faire ce grand tournant.

Nous louperons les soirées « Cinéma conscient », celles pour organiser la réponse face au projet de mine injuste, destructeur et moribond ADANI, les cercles de silence ou encore les soirées où il n’y a pas de programme et où on décide ensemble ce que l’on fait. J’ai adoré la transparence de ce lieu qui fonctionne uniquement par le don. Chacun peut participer à la hauteur de ce qu’il est capable de mettre. Les dépenses fixes sont écrites sur un tableau et chacun peut voir où en sont les recettes par rapport aux dépenses. Nous nous sentons tous responsables de cette manière de ce lieu. C’est avec une incroyable joie de vivre que nous quitterons Juli. Merci pour ce lieu, merci pour ces messages et cette vision à long terme, merci, merci !

IMG_4651

Le jardin communautaire de Mullumbimby

Une nouvelle surprise ! Incroyable projet en pleine ville, ou petits et grands partagent cet espace. Ce jardin abrite de petites activités professionnelles (biocharbon, vente de graines, micro-maraichage, etc), des jardins ouverts réalisés par des bénévoles et à destination de ceux qui n’ont pas assez à manger, des jardins de particuliers, un poulailler, des espaces pour les enfants, des espaces pour se retrouver et faire la cuisine, un bureau d’accueil et de formation, des soirées concert et surtout une gestion collective. Il est possible par exemple de se porter volontaire pour s’occuper du poulailler pendant 6 mois. C’est un élément indispensable de la chaîne pour réduire les déchets végétaux des jardins et garantir la fertilisation des sols. C’est une université de plein-air ou on apprend en faisant, ou on peut prendre des initiatives et s’appuyer sur une communauté. La production d’œufs est ensuite partagée comme décidé collectivement en essayant de remercier au maximum ceux qui mettent de l’énergie dans le projet

Nous trouvons le projet très abouti et nous comprenons mieux ce que veut dire permaculture. C’est encore un de ces lieux magiques qui fait espérer et qui fait grandir. Je suis arrivé avec mes questions d’occidental moyen : « mais ça ne peut pas marcher ! Tout repose sur le dos des mêmes personnes… ? » Et après un peu de temps j’ai juste constaté que ça fonctionne et ça fait plus de 15 ans ! Petite leçon de vie : accepter qu’on ne comprend pas tout et que les belles choses sont faites pour durer.

20171101_154728

Nimbin, une communauté tiraillée entre alternative et business

Nous ne nous attendions pas à trouver autant de couleurs et d’activités dans ce haut lieu hippie. Le village se résume à une grande avenue centrale avec quelques ramifications. Des boutiques s’alignent de part et d’autres, des restos, de petites échoppes et vendeurs ambulants. On constate une fois de plus cette tension entre les hippies venus vivre une alternative et garant d’un idéal, et les touristes et les boutiques à touristes qui cherchent à vendre et faire de l’argent sur ce même idéal. Il y a quelque chose qui coince et on a souvent l’impression de déranger ou de ne pas vraiment comprendre comment ça fonctionne. Et je dois dire que la même chose se passe en moi. Animé de cet idéal je cherche à ne pas être le touriste que je suis malgré moi. Je visite la « Candle Factory », la « Rainbow Power Factory » ou le bureau militant mais ça me laisse sur ma faim comparé à la myriade de boutiques marchandes vendant des produits souvent asiatiques. Alors, même les hippies ont fini par vendre leur âme au diable ?

Nimbin est connu nationalement comme la capitale du cannabis et revendique chaque année notamment par son festival « Mardi Gras » la légalisation de la plante médicinale. Même sur les poubelles il y a écrit « No dealing ». C’est au fond un vrai combat mais qui n’est pas compris par les voyageurs de passage. Ce lieu est pour beaucoup une invitation à venir se rouler un petit pétard. Je comprends pourquoi des personnes croisées sont agacées ou un peu dans leur bulle. Comment réagirions nous si on nous dépossédait de notre idéal pour en faire un business ? Comment partout la cupidité entache la beauté d’un lieu : pourquoi cherchons nous toujours à faire de l’argent avec ce qui attire ? Pourquoi, juste ne pas le laisser exister et ne pas le pourrir ?

IMG_3749

Nous y croiserons Renée et Dane, rencontrés en Nord Queensland fin juillet. Ils ont quitté Melbourne et cherchent à s’installer dans le coin. Ils ont trouvé un petit paradis à vendre, où nous aurons la chance de nous prélasser. Et oui le Byron Shire, si vous ne l’aviez pas compris, c’est The place to be ! Nous y reverrons pas mal de têtes connues finalement, l’Australie serait-elle petite ? A moins que ce ne soit ce monde alternatif ?

Expérience au-delà du réel

C’était une de nos intentions en venant dans la région, vivre une « tepee céremony ». Nous en parlions depuis longtemps et nous attendions que l’occasion se présente. Cette cérémonie est inspirée de la tradition sud américaine des Shamans de la forêt amazonienne. Elle a évidemment été adaptée à l’Australienne avec des variantes et des plantes poussées localement.

La cérémonie a duré presque 24h et restera comme une expérience au-delà du réel qui te fait changer ta vision sur le monde. L’Ayahuasca est un breuvage à base de lianes consommé traditionnellement. Elle est interdite en France car classée dans le registre des stupéfiants. Elle est pourtant utilisée dans de nombreux pays et depuis des millénaires…

L’idée est de faire une plongée dans son inconscient de manière consciente et d’aller chercher des éléments ou revivre des situations nous permettant d’avancer dans notre vie. Le concept est difficile à expliquer avec ce qu’on connaît mais le plus proche serait un peu une « psychothérapie en accéléré ». Dans la tradition, la plante est associée à un esprit qui serait celui de la grand-mère ou du serpent. Cet esprit est là pour t’aider et t’emmener là ou tu as besoin d’aller.

Nos expériences avec Virginie sont bien différentes. Nous venions tous les 2 avec une intention différente, une question principale pour cette cérémonie. Je crois avoir eu ma réponse quelque minutes seulement après le début : incroyable ! La molécule active te fait avoir des hallucinations. Pour moi ça aura été de voir tout en dessins animés, de la réalité à mes mémoires. J’ai vu la vie, l’esprit des êtres comme jamais et j’ai compris que ce que nous voyons n’est qu’une infime parti de ce qui est vraiment, et pourquoi pas ?

IMG_3994

Il faudrait des pages et des pages pour raconter ce genre d’expérience et je sens aussi qu’il convient d’être intéressé pour aller plus loin. Pour vous rassurer, reste à vous dire qu’il n’y a pas d’effets secondaires connus, ni d’accoutumance. Comme toute expérience, il y a ce que raconte les autres et il y ce que toi tu vis. Une séance d’Ayahuasca ça se prépare et ça se digère. En en parlant plus tard avec un ancien, il me disait qu’une par an c’était suffisant car c’est le temps qu’il fallait pour comprendre et analyser tout ce qu’on avait vécu…

Ce sera pour nous l’occasion de revoir notre amie Bec de Stanthorpe (voir article d’octobre). Quel bonheur de vivre cela avec elle, et de pouvoir approfondir un peu plus nos liens.

IMG_3985

Félicitations si vous êtes arrivés jusqu’ici ! Difficile de raconter en « quelques lignes » nos 5 semaines dans le Byron Shire (surtout autour de Mullumbimby en fait). Nous aurions aussi voulu vous parler de :

  • Carole, infirmière retraitée, militante en faveur des palestiniens, qui s’est rendue 6 fois en territoires occupés, et qui y retournent l’année prochaine ;
  • La super copine Cécile, une frenchie installée depuis 15 ans en Australie, à l’énergie et vitalité débordante, le cœur sur la main, voyageuse expérimentée, au parcours incroyable. Elle a monté sa petite entreprise éthique de crêpes traditionnelles  « Peace, Love and Crêpes ». Rien que sa pâte est free gluten, 100% Vegan, qu’elle fait elle-même simplement à base de graines de sarrasin ;
  • Le festival de musique de Mullumbimby où contre quelques confections de pizzas nous avons pu assister gratuitement au concert ;
  • Notre petite escapade qui nous aura valu un bel « embourbage » de camion, une rencontre surprenante avec la police et les pompiers (ou comment se faire encercler en moins d’1 minute), la visite d’un des plus beaux lacs du voyage ;
  • Notre workaway de 10 jours chez David et Jo-Ann à la rencontre d’un couple surprenant et hippies à leurs heures ;
  • Développer ce qu’est la Sociocratie, vous présenter le « jeu des besoins » (un formidable outil pour prendre une décision), vous parlez des marchés, une vraie entité ici…

Mais il est temps je crois pour nous comme pour vous de nous arrêter là.

On reprend la route… See you next month !

IMG_8107